Heureusement que la nuit des Oscars ne se termine pas toujours aussi brutalement que l'année passée. En dépit du suspense rétrospectivement peut-être un peu artificiel autour de la catégorie du Meilleur film incertaine, les choix de l'Academy étaient somme toute assez prévisibles. Aucune surprise majeure n'a ainsi animé la soirée, ce qui ne veut pas dire que le cru 2006/07 était ignoble, au contraire. A vrai dire, les décisions discutables étaient particulièrement rares (notamment l'Oscar pour la meilleure musique, attribué pour la deuxième année de suite à l'Argentin Gustavo Santaolalla). Mais si l'on est obligé de se réjouir des victoires un brin inattendues, mais amplement méritées, pour le meilleur second rôle masculin, les meilleurs costumes ou la meilleure chanson, les quatre heures passées devant le poste de télé en plein milieu de la nuit peuvent paraître bien longues.
Cette impression de longueur ou de rythme chahuté provient avant tout d'une gestion de l'émission inconséquente. Alors que la première heure traînait sensiblement les pieds, avec des interventions malgré toute leur noblesse un peu gratuites (Al Gore et Leonardo DiCaprio), la cadence s'était accélérée vers la fin au point de ne pas nous laisser déguster suffisamment le triomphe de Martin Scorsese, que le prix du meilleur film était déjà en cours. En plus, la cérémonie manquait d'unité, avec une maîtresse de cérémonie (Ellen DeGeneres) qui faisait gentiment le pitre à travers la salle, mais dont les interventions très dociles faisaient clairement regretter les observations plus provocantes d'un Chris Rock ou d'un Jon Stewart. Au moins les acrobaties époustouflantes en ombres chinoises offraient de quoi s'émerveiller. Et le taux de montages d'extraits de films n'était guère excessif. On aurait par contre très bien pu se passer de Céline Dion, dont la chanson sur l'air d'Il était une fois en Amérique, a tout bonnement gâché l'Oscar d'honneur attribué à Ennio Morricone.
La même chose est encore plus vraie en vue de l'équipe de Canal +, au travail particulièrement pitoyable, que ce soit devant ou derrière la caméra. L'agacement constant d'une gestion du son catastrophique était encore exacerbé par les commentaires pour la plupart débiles de l'équipe d'Indigènes, venue à Hollywood avec son cortège d'attachés de presse, pour voir leur film perdre contre le chef-d'oeuvre allemand, La Vie des autres. Plus un moment de répit pour suivre calmement la cérémonie, en particulier les numéros musicaux, dès que Jamel et sa bande avaient envahis le plateau. Une telle couverture désastreuse de l'événement cinématographique le plus important de l'année ne peut qu'inciter tous ceux qui se sont levés exprès au milieu de la nuit, à se désabonner illico de cette chaîne vétuste et arrogante qu'est Canal +.
Enfin, un très grand merci au petit fou furieux du téléchargement qui m'a permis de voir la cérémonie chez lui !
Meilleur Film : Les Infiltrés produit par Graham King
Meilleur réalisateur : Martin Scorsese pour Les Infiltrés Meilleur acteur : Forest Whitaker dans Le Dernier roi d'Ecosse Meilleure actrice : Helen Mirren dans The Queen Meilleur acteur dans un second rôle : Alan Arkin dans Little Miss Sunshine Meilleure actrice dans un second rôle : Jennifer Hudson dans Dreamgirls Meilleur scénario original : Little Miss Sunshine par Michael Arndt
Meilleur scénario adapté : Les Infiltrés par William Monahan
Meilleur Film en langue étrangère : La Vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck (Allemagne)
Meilleur Film d'animation : Happy Feet - George Miller
Meilleur documentaire : Une vérité qui dérange - Davis Guggenheim
Meilleure photo : Le Labyrinthe de Pan - Guillermo Navarro
Meilleur montage : Les Infiltrés - Thelma Schoonmaker
Meilleure musique originale : Babel - Gustavo Santaolalla
Meilleure chanson : "I Need to Wake Up" de Une vérité qui dérange - Melissa Etheridge
Meilleurs décors : Le Labyrinthe de Pan - Eugenio Caballero / Pilar Revuelta
Meilleurs costumes : Marie Antoinette - Milena Canonero
Meilleur son : Dreamgirls - Michael Minkler, Bob Beemer & Willie Burton
Meilleur montage sonore : Lettres d'Iwo Jima - Alan Robert Murray
Meilleurs effets spéciaux : Pirates des Caraïbes : Le secret du coffret maudit - John Knoll, Hal Hickel, Charles Gibson & Allen Hall
Meilleur maquillage : Le Labyrinthe de Pan - David Marti & Montse Ribe