Tamara Drewe
Réalisé par Stephen Frears (2010)
| Durée | 112 minutes |
| Sortie | 14/07/2010 |
| Note | 5/10 |
Jusqu’à présent, la seule attraction du petit village d’Ewedown était Stonefield, la ferme de l’auteur à succès Nicholas Hardiment, fréquentée par toutes sortes d’écrivains en herbe ou en manque d’inspiration, qui espèrent y profiter des conseils du maître. Le retour de Tamara Drewe en plein été change la donne. Cette femme séduisante, autrefois raillée pour son gros pif qui a disparu miraculeusement grâce à une opération de chirurgie esthétique, s’était initialement rendue à la maison de son enfance pour la vendre, suite au décès de sa mère. Mais elle ne tarde pas à séduire, presque malgré elle, les hommes de la bourgade. Son premier amour Andy Cobb qui a échoué comme jardinier et homme à tout faire à Stonefield, le batteur d’un groupe de rock Ben Sergeant de passage dans la région pour un festival, et même Nicholas Hardiment en personne : ils succombent tous au charme de Tamara, qui n’est nullement empressée de se décider pour l’un ou l’autre de ses prétendants.
La critique
Par Tootpadu 07/07/2010
Ce qui nous ramène aux deux adolescentes précitées, qui ne tirent pas tant la couverture de l’intrigue vers elles, qu’elles comblent davantage et tant bien que mal le vide laissé par les personnages adultes, au mieux caricaturaux, au pire à l’épaisseur inexistante. Les cycles saisonniers des amours et des aventures sexuelles de Tamara Drewe servent de prétexte à quelques situations incongrues au bout desquelles le spectateur cherchera en vain un paroxysme de l’humour à l’anglaise, ou au moins un goût affirmé pour l’exagération qui virerait vers l’absurde. Cette mollesse campagnarde laisse du coup le champ libre à Jody et Casey, les deux amies qui sont aussi blasées de l’oisiveté d’Ewedown que leurs aînés, mais qui, elles, ont décidé d’agir pour atteindre leurs rêves, aussi immatures soient-ils. Leur prise d’initiative se solde par des actions qui changeront le monde tel que nous le connaissons. Jugez-en plutôt par vous-mêmes : la blague récurrente principale du film consiste en des œufs jetés sur la vitre des rares voitures passantes, et leur béguin pour la rock star apparemment inaccessible se nourrit de la lecture assidue du genre de magazine que l’on ne peut feuilleter sans gêne en public qu’à cet âge-là. Autant dire que le niveau des péripéties dans Tamara Drewe n’est guère élevé.
Toutefois, le plus frustrant avec ce film, qui aurait pu être pétillant et corrosif à la fois, c’est que les quelques pistes prometteuses du côté adulte ne mènent nulle part. Ainsi, les remarques de Glen McCreavy, le pensionnaire le plus collant de Stonefield, sont largement inférieures au degré de subtilité avec lequel le personnage du producteur américain dans Gosford Park de Robert Altman servait à relever les travers de la société britannique. De même, Beth Hardiment, la victime indirecte des ravages de la mangeuse d’hommes, n’inspire jamais un sentiment de dépit ou d’indignation suffisamment fort pour être à la hauteur du destin mi-tragique, mi-comique, que le scénario n’ose pas tout à fait lui réserver.
Enfin, une certaine lassitude face à Gemma Arterton s’installe en nous, au bout de quatre films en autant de mois consécutifs. Alors que ses rôles dans Le Choc des titans et Prince of Persia Les Sables du temps relevaient encore d’une promesse engoncée dans des productions hollywoodiennes guère faites sur mesure, la jeune comédienne anglaise a connu un sommet quelque peu précoce avec son jeu intense dans La Disparition d’Alice Creed. En comparaison, son interprétation ici est presque défaillante en termes de charme et de la création d’une impression durable, susceptible d’élever ce film tout juste plaisant au niveau des comédies les plus féroces de son réalisateur.
Vu le 6 juillet 2010, au Club de l’Etoile, en VO