Belleville Tokyo

Réalisé par Elise Girard (2011)

Drame
Belleville Tokyo
Durée 76 minutes
Sortie 01/06/2011
Note 4/10

L’attachée de presse Marie, enceinte de son mari Julien, un critique de cinéma, ne se doute de rien, lorsqu’elle accompagne ce dernier à la gare, avant son départ au festival de Venise. L’annonce de son besoin de prendre du recul la surprend et lui fait un choc irrémédiable. Même quand Julien essaie de rétablir leur couple quelques semaines plus tard en faisant amende honorable, elle se sent incapable de lui pardonner.

La critique

Par Tootpadu 12/04/2011

On connaissait déjà les comédies de grossesse à l’américaine, ces farces guère amusantes qui insistent avec une vulgarité peu appétissante sur les dérives corporelles et comportementales des femmes enceintes. Voici une variation nullement divertissante sur le même sujet, qui prend la recette à rebrousse-poil puisque l’attente du bébé rime ici avec la séparation douloureuse, et même carrément sinistre, des parents. La fin d’une relation n’a en général strictement rien de gai, même si des navets comme La Rupture de Peyton Reed cherchent à nous faire croire le contraire. Le premier film de l’ancienne attachée de presse Elise Girard a ainsi au moins l’avantage de ne pas se faire d’illusions sur le contexte déprimant qui accompagne ces catastrophes sentimentales.
Pour le reste, par contre, notre constat est hélas sensiblement plus sévère, puisque Belleville Tokyo rate assez misérablement les objectifs qu’il s’était apparemment fixés. L’influence de la Nouvelle Vague pèse ainsi comme une chape de plomb sur la forme laborieuse du film, dont ni la répartition en chapitres mensuels, ni le va-et-vient entre la réconciliation et le retour des engueulades ne fonctionnent réellement. Il y a certes quelques brefs moments de grâce cinématographique, comme ce premier plan après le générique où le couple monte l’escalator vers la gare et où Julien finit par lâcher la main de son épouse, ou bien cette rare étincelle de complicité, déjà lourde de reproches enfouis, quand le couple fredonne les paroles de la chanson de leur premier rendez-vous. Mais dans l’ensemble, la réalisatrice reste trop tributaire d’une connivence étouffante, à la fois à l’égard du milieu de l’exploitation et de la réception du cinéma dont elle est issue – pas sûr d’ailleurs que le seul rire des spectateurs critiques lors de la description par Julien de El Perdido de Robert Aldrich comme un « western crépusculaire » soit un signe d’approbation ou la moquerie du choix d’une formule aussi éculée que celle-ci – et d’une conception caricaturale du couple en pleine décomposition.
Après leur réinvention ingénieuse des liaisons amoureuses dans La Reine des pommes l’année dernière, Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm veulent apparemment s’imposer coûte que coûte comme le nouveau couple phare du jeune cinéma français. Sauf que leurs retrouvailles ici ne sont nullement joyeuses. Dans toute sa névrose amplifiée jusqu’à l’excès, elle n’est point plus touchante que lui : un parfait salaud qui est sans doute supposé personnifier la difficulté de l’homme moderne à assumer ses pulsions contradictoires, entre une vie familiale bien rangée et une liberté de création appuyée sur des aventures sans lendemain. Le marasme émotionnel que ces deux personnages traversent ne nous réserve aucune parenthèse, ni en bien, ni en mal, pour nous échapper de cette guerre d’usure des nerfs, plus affligeante qu’autre chose.

Vu le 11 avril 2011, au Club Marbeuf

★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

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