De l'autre côté du mur

Réalisé par Christian Schwochow (2014)

Drame de réfugiés
De l'autre côté du mur
Durée 102 minutes
Sortie 05/11/2014
Note 6/10

En 1978, la chimiste Nelly Senff quitte la République Démocratique d’Allemagne avec son fils Alexeï. Une fois passée à l’Ouest, elle trouve refuge dans un camp d’accueil d’urgence. Alors qu’elle espère pouvoir commencer librement une nouvelle vie, son séjour s’y prolonge à cause de la lenteur des procédures administratives et des interrogatoires répétitifs des services secrets américains. C’est moins son expérience professionnelle qui intéresse ces derniers, que sa relation avec Wassilij, le père d’Alexeï et un éminent scientifique russe, décédé trois ans plus tôt dans des circonstances suspectes.

La critique

Par Tootpadu 20/10/2014

En cet automne 2014, l’Allemagne célèbre en grande pompe l’anniversaire de sa réunification. Depuis un quart de siècle, la séparation du pays au centre névralgique de la Guerre froide appartient au passé. Dans ce contexte d’un peuple en liesse, les manifestations officielles se conforment sans broncher à la version manichéenne de l’Histoire, selon laquelle tout ce qui se passait du côté oriental du rideau de fer était mauvais, puisque la population y attendait stoïquement la libération du joug communiste. Bien que la vérité n’ait clairement pas été aussi simpliste, il convient de se rappeler que ce sont toujours les vainqueurs qui écrivent l’Histoire. Ce film allemand ne poursuit pourtant pas le but de la réviser. Il procède davantage à la déconstruction systématique de la légende de la République Fédérale d’Allemagne comme pays d’accueil chaleureux et exemplaire. La narration sans complaisance de Christian Schwochow met ainsi l’accent sur l’impossibilité d’intégration d’une réfugiée, dont le rêve d’un nouveau départ se heurte obstinément à son passé.

Il ne faut que quelques minutes à la remarquable économie formelle de De l’autre côté du mur pour camper le cadre de cette histoire prenante. La peur est en effet omniprésente dès le début du film, avec cet ultime passage entre les mains peu délicates de la police de l’est, avant l’élan inespéré vers la liberté supposée. Les conditions de vie ne sont certes pas fameuses dans le centre d’accueil. Mais Nelly pense ne pas s’y éterniser, confiante que son cursus universitaire lui assurera un avenir professionnel confortable dans sa nouvelle patrie. Sauf que son parcours du combattant est loin d’être terminé, symbolisé sans la moindre pesanteur par les innombrables tampons à récolter avant de pouvoir prétendre à une naturalisation en bonne et due forme. C’est alors que le passé rejoint indirectement le présent, puisque les conditions de rétention des immigrés n’ont hélas guère évolué depuis, dans notre ère qui est marquée par des flux de migration sans précédent.

Or, le point de vue n’a pas encore cessé de changer dans ce récit sans fioriture. L’obtention de ses papiers ne signifie nullement pour le personnage principal la fin de ses soucis. Au contraire, une fois que Nelly a su se conformer au discours policé de la victime du régime de Honecker, qui passe très bien devant les commissions d’enquête, elle doit faire face à une paranoïa bien plus difficile à combattre que les questions indiscrètes de ses interlocuteurs administratifs. Tandis que la bureaucratie s’incline une fois qu’aucune preuve ne persiste à l’encontre de cette femme traumatisée à vie, les séquelles de la méfiance ont le champ libre pour faire des ravages dans son nouveau quotidien. Grâce au propos subtil du scénario et l’interprétation engagée de Jördis Triebel dans le rôle principal, ce revirement ne s’apparente nullement à un retour paresseux au règlement de compte consensuel avec les méfaits de la Stasi. Il instaure au contraire un malaise permanent, bien plus efficace en termes d’insécurité que tous les murs fortifiés réunis.

 

Vu le 20 octobre 2014, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Retour à la liste des Critiques