Camara oscura (La)
Réalisé par Maria Victoria Menis (2009)
| Durée | 89 minutes |
| Sortie | 29/07/2009 |
| Note | 6/10 |
Née en 1892 sur le pont de débarquement du bateau, qui avait emmené sa famille juive de Russie en Argentine, Gertrudis a toujours souffert de son physique disgracieux. Enfermée derrière ses lunettes épaisses dans son monde imaginaire, elle est mariée de force au riche propriétaire et veuf Léon Kohn. Gertrudis lui est une épouse fidèle et effacée, ainsi qu'une mère dévouée et discrète pour ses cinq enfants. Vingt ans après son mariage, la visite du photographe français Jean-Baptiste Rollet ouvre de nouveaux horizons à l'existence modeste de Gertrudis.
La critique
Par Tootpadu 17/06/2009
La réalisatrice Maria Victoria Menis a trouvé quelques motifs très parlants pour traduire visuellement ce mal-être de Gertrudis, issu de la honte des origines et de la différence. Elle les applique avec une subtilité savante, qui ne force jamais le trait et qui n'invite pas plus à l'apitoiement facile. Le plan récurrent des chaussures traduit ainsi autant la honte d'une situation sociale que l'on devine modeste, qu'il contient l'essence même de la timidité maladive de Gertrudis, à travers le regard baissé en toute circonstance et surtout, lorsqu'il s'agit d'enregistrer son visage particulier sur une plaque photographique. De la même façon, la manie du rangement gagne toute son ampleur dramatique, au moment où nous retrouvons la séquence initiale du lendemain du départ du photographe, et où nous comprenons alors l'implication profonde de cette table chaotique. La Camara oscura est riche en ces trouvailles visuelles et subtiles, qui nous rendent la détresse de Getrudis aisément accessible.
Les escapades de l'imagination du personnage principal à coups de séquences animées dénaturent quelque peu la sobriété fort appréciable du récit. Pour attribuer à Gertrudis un jardin secret au sens littéral ou abstrait, il aurait peut-être suffi du soin qu'elle apporte à ses fleurs ou du plaisir intellectuel qu'elle puise dans ses lectures nocturnes, une fois qu'elle s'est acquittée avec dévouement de ses corvées de mère de famille. Cependant, ce n'est là qu'une réserve anodine envers ce beau film, qui exprime en toute discrétion les aspirations de ceux et celles qui vivent dans l'ombre et l'abnégation.
Vu le 16 juin 2009, au Publicis Cinémas, Salle 2, en VO