Terre outragée (La)

Réalisé par Michale Boganim (2012)

Drame
Terre outragée (La)
Durée 108 minutes
Sortie 28/03/2012
Note 6/10

La journée du 26 avril 1986 commence comme toutes les autres à Pripiat, une petite ville modèle, entièrement vouée à l’idéal soviétique, près de la centrale de Tchernobyl. Alors que la population locale prépare la Fête du travail, Anya célèbre son mariage avec Piotr, et le jeune Valéry plante un pommier avec son père Alexeï. La catastrophe nucléaire, qui ne se manifeste d’abord que par une mortalité accrue des bêtes et une pluie noire, entraînera l’évacuation complète de la zone, qui sera dix ans après un véritable no man’s land.

La critique

Par Tootpadu 11/04/2012

Tout ce que l’homme crée reste intrinsèquement faillible. Alors que l’on se recueille ces jours-ci en hommage du centenaire du naufrage du Titanic – un autre miracle de la technologie qui n’a pas su tenir ses promesses –, l’année dernière les commémorations du 25ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl étaient particulièrement discrètes, surtout parce que, hélas, un incident nucléaire semblable venait de lui voler la vedette. Dans La Terre outragée, le jour du drame on vante encore les prouesses de la mère patrie, qui est assez ingénieuse pour fournir de l’électricité à tous, alors que les signes avant-coureurs du cataclysme radioactif se font déjà sentir. Or, tout le progrès scientifique ne pourra pas compenser la politique de la désinformation, qui avait sévi alors que le nuage toxique se répandait sans entraves.
La première partie de ce film poignant, qui est comme par hasard co-produit par trois pays à l’exception notable de l’Ukraine, se déroule comme un film catastrophe dont la menace aurait lieu en dehors de la perception sensorielle des victimes. Il pleut à verse une substance qui rendra la région à long terme inhabitable, sans que ce microclimat inquiète outre mesure les habitants qui vaquent à leurs occupations habituelles. Le suspense est d’autant plus cruel que le spectateur dispose de suffisamment d’informations pour déduire ce qui se passe à proximité de la ville-dortoir. La mise en scène délicate de la réalisatrice Michale Boganim ne cède jamais au pathos ou à une tentation alarmiste lors de ces séquences de la prise de conscience progressive et de l’évacuation, qui revêtent pourtant une importance cruciale pour la deuxième partie du film. La caméra ne nous emmène à aucun moment au cœur du réacteur en fusion et pas le moindre malaise spectaculaire des civils irradiés vient détourner notre attention de l’intensité à la fois calme et inquiétante, propre au triple point de vue subjectif qui distingue le récit.
La suite s’avère tout aussi exigeante, et tristement poétique, puisqu’elle traite de la partie plus abstraite des séquelles d’un tel événement traumatisant. Dix ans plus tard, Anya commence certes à perdre ses cheveux, mais le préjudice principal chez ces survivants en sursis se situe du côté d’une perte de repères irrémédiable. Leur ville autrefois florissante n’est désormais plus qu’un macabre parc d’attractions, un endroit hanté à la fois par les fantômes des disparus et ce danger omniprésent que tout le monde redoute, mais que personne ne ressent. La plus importante mise en garde contre l’énergie nucléaire de la part d’un film sensiblement plus intimiste que revendicateur et prompt à la polémique repose ainsi sur cette dichotomie temporelle : que la durée de vie des déchets et autres retombées accidentelles dépasse largement la faculté humaine de se renconstruire ou de réapprendre à exister sans l’atome.

Vu le 10 avril 2012, au Lincoln, Salle 2, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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