Afterschool
Réalisé par Antonio Campos (2008)
Drame d'adolescents
| Durée | 107 minutes |
| Sortie | 01/10/2008 |
| Note | 6/10 |
Le jeune Robert fréquente le prestigieux pensionnat de Bryon depuis deux ans. Vivant plutôt mal son adolescence, il se tient à l'écart et ne se passionne que pour des vidéos violentes ou pornographiques qu'il trouve sur internet. Il s'inscrit à un atelier audiovisuel, pour lequel il doit tourner les plans de raccord d'un documentaire sur les professeurs, avec sa camarade de classe Amy. Alors qu'il filme dans les couloirs du pensionnat, il devient le témoin d'un événement tragique.
La critique
Par Tootpadu 22/09/2008
Deux séquences de ce premier film américain, présenté cette année aux festivals de Cannes et de Deauville, définissent remarquablement ses ambitions morales et formelles.
Dans la première, qui ouvre le film, une jeune femme participe à une vidéo pornographique, devant laquelle le protagoniste se masturbe, avant que l'irruption du monde réel, en la personne de son colocataire, ne l'interrompe. Au fil du film, il devient clair à quel point cette expérience sexuelle par procuration exerce son pouvoir sur Robert. Il cite une réplique de l'actrice au cours de l'entretien avec son conseiller et il tente de recréer la nature brutale du rapport, quand il s'approche pour la première fois d'Amy. La fuite dans une position d'observation, tout comme une apathie émotionnelle généralisée, sont les thèmes majeurs du film, dans la tradition du cinéma autrichien récent et de son ancien chef de file Michael Haneke. Robert ne se définit qu'à travers son rapport à l'image fictive. Il dispose de la capacité intellectuelle de faire la différence entre la fiction amateur et la réalité, comme il le souligne dans l'entretien avec son conseiller. Et pourtant, il n'existe réellement qu'en tant que spectateur, ou plus tard en tant qu'acteur, de l'image enregistré.
Ce qui nous ammène à la deuxième séquence emblématique, elle aussi la manifestation d'une mise en scène à l'intérieur du film. Après les événements tragiques, qui ont plongé l'école dans un état de deuil et de paranoïa aggravés, Robert se plonge dans la création d'une vidéo commémorative. Sauf que la perception qu'il a de la tragédie et l'écho qu'il souhaite en donner ne correspondent nullement aux attentes soigneusement formatées et aseptisées des adultes, le directeur très fourbe du pensionnat en tête. Son petit film est suggestif, voire subtilement accusateur, sinon révélateur, là où le résultat final, passé par la censure du conformisme, célèbre une mémoire naïvement idéalisée. Le style filmique du réalisateur Antonio Campos se rapproche clairement de celui, sans concessions, de son protagoniste. Il privilégie les plans longs et lents, ainsi que le décadrage volontaire. Mais son vocabulaire visuel et son rythme narratif plutôt atypiques conviennent parfaitement à son histoire perturbatrice.
Il se dégage un malaise profond de ce film, en dehors de la révélation finale un peu gratuite. Ce mal être, c'est celui que nous inspire une génération grandissante, tellement conditionnée par le monde virtuel et ses leurres, qu'elle est incapable d'entretenir des rapports civilisés avec le monde réel qui l'entoure et ses aînés, aussi hypocrites et superficiels soient-ils. Toute l'attention de Robert ne porte que sur la représentation de la violence par la vidéo et sur la stimulation de ses pulsations sexuelles. Cette panoplie peu reluisante de préoccupations animales n'est complémentée chez ses camarades que par une consommation banalisée de drogues. Dans tout ce marasme de détachement maladif, de trahisons et d'une mort émotionnelle quasi certaine, on ne trouve qu'une seule action altruiste et attachante dans sa maladresse : le geste du garçon, qui enlève son débardeur pour permettre à la fille de s'en servir pour essuyer les traces de sa perte de virginité.
Dans la première, qui ouvre le film, une jeune femme participe à une vidéo pornographique, devant laquelle le protagoniste se masturbe, avant que l'irruption du monde réel, en la personne de son colocataire, ne l'interrompe. Au fil du film, il devient clair à quel point cette expérience sexuelle par procuration exerce son pouvoir sur Robert. Il cite une réplique de l'actrice au cours de l'entretien avec son conseiller et il tente de recréer la nature brutale du rapport, quand il s'approche pour la première fois d'Amy. La fuite dans une position d'observation, tout comme une apathie émotionnelle généralisée, sont les thèmes majeurs du film, dans la tradition du cinéma autrichien récent et de son ancien chef de file Michael Haneke. Robert ne se définit qu'à travers son rapport à l'image fictive. Il dispose de la capacité intellectuelle de faire la différence entre la fiction amateur et la réalité, comme il le souligne dans l'entretien avec son conseiller. Et pourtant, il n'existe réellement qu'en tant que spectateur, ou plus tard en tant qu'acteur, de l'image enregistré.
Ce qui nous ammène à la deuxième séquence emblématique, elle aussi la manifestation d'une mise en scène à l'intérieur du film. Après les événements tragiques, qui ont plongé l'école dans un état de deuil et de paranoïa aggravés, Robert se plonge dans la création d'une vidéo commémorative. Sauf que la perception qu'il a de la tragédie et l'écho qu'il souhaite en donner ne correspondent nullement aux attentes soigneusement formatées et aseptisées des adultes, le directeur très fourbe du pensionnat en tête. Son petit film est suggestif, voire subtilement accusateur, sinon révélateur, là où le résultat final, passé par la censure du conformisme, célèbre une mémoire naïvement idéalisée. Le style filmique du réalisateur Antonio Campos se rapproche clairement de celui, sans concessions, de son protagoniste. Il privilégie les plans longs et lents, ainsi que le décadrage volontaire. Mais son vocabulaire visuel et son rythme narratif plutôt atypiques conviennent parfaitement à son histoire perturbatrice.
Il se dégage un malaise profond de ce film, en dehors de la révélation finale un peu gratuite. Ce mal être, c'est celui que nous inspire une génération grandissante, tellement conditionnée par le monde virtuel et ses leurres, qu'elle est incapable d'entretenir des rapports civilisés avec le monde réel qui l'entoure et ses aînés, aussi hypocrites et superficiels soient-ils. Toute l'attention de Robert ne porte que sur la représentation de la violence par la vidéo et sur la stimulation de ses pulsations sexuelles. Cette panoplie peu reluisante de préoccupations animales n'est complémentée chez ses camarades que par une consommation banalisée de drogues. Dans tout ce marasme de détachement maladif, de trahisons et d'une mort émotionnelle quasi certaine, on ne trouve qu'une seule action altruiste et attachante dans sa maladresse : le geste du garçon, qui enlève son débardeur pour permettre à la fille de s'en servir pour essuyer les traces de sa perte de virginité.
Vu le 22 septembre 2008, au Club 13, en VO
★★★★★★☆☆☆☆
6/10