Oki's movie
Réalisé par Hong Sang-soo (2011)
| Durée | 80 minutes |
| Sortie | 07/12/2011 |
| Note | 6/10 |
Pendant un déjeuner d’enseignants, le réalisateur et professeur de cinéma Jingu prend la défense du professeur Song, accusé d’accepter des pots-de-vin. Le soir, Jingu doit à son tour se défendre de calomnies par rapport à une relation vieille de quatre ans, lors d’un débat public après la projection de son dernier film.
L’étudiant Jingu tombe éperdument amoureux de sa camarade Oki.
Après une impressionnante tempête de neige, Jingu et Oki sont les seuls étudiants qui participent au dernier cours du professeur Song.
Autour des fêtes de fin d’année, Oki visite un jardin public, d’abord avec un homme mûr, puis avec un garçon de son âge, qui sont tous les deux ses amants.
La critique
Par Tootpadu 20/10/2011
Avec son nouveau film, tourné à toute vitesse alors que le précédent n’était même pas fini, le réalisateur nous soumet un exercice de style, qui déroute pour une fois plus qu’il ne fascine. Une fois le générique volontairement artisanal, voire expérimental, passé, on se retrouve à première vue avec le même genre de personnage que ceux dont les déboires un brin nombrilistes avaient nourri les intrigues des films précédents de Hong Sang-soo. Jingu est toujours un peu à la traîne : il se fait gronder par sa femme parce qu’il boit trop, il n’a pas été prévenu de la réunion de ses confrères, il va chez le coiffeur parce qu’il n’a rien de mieux à faire de son temps, et il n’est pas au courant des rumeurs qui courent à l’université au sujet de son mentor. Comme à son habitude, la narration réussit à rendre attachante cette désinvolture vaine d’un homme mou, qui réagit plus, et pas toujours à bon escient, qu’il n’est le maître de son destin de cinéaste en situation précaire.
Jusque là rien d’anormal dans l’univers d’un réalisateur qui dessine régulièrement une image peu valorisante de la gente masculine. Puis, la première coupure dans le temps intervient avec le deuxième passage du générique bleu et le morceaux trop solennel d’Edward Elgar, qui amorcent ce qui paraît d’abord être un retour en arrière de plus de quatre ans dans le passé d’étudiant du personnage dont nous avons auparavant fait la connaissance en tant que prof et réalisateur, mis en difficulté par des accusations d’adultère. Toutefois, au plus tard au troisième chapitre de ce film découpé avec une précision excessive, il devient clair que le fil temporaire et logique entre ces différentes histoires est ténu et qu’il relève de la mission impossible de vouloir y décerner autre chose qu’un traité plutôt abstrait sur la tromperie de la vie, de l’amour, et surtout du cinéma.
Par conséquent, Oki’s movie s’applique encore plus que les films précédents de Hong Sang-soo à brouiller les pistes et à laisser le spectateur chercher une deuxième, troisième, voire une quatrième impression afin d’y voir plus clair. Il n’est cependant pas sûr que cet hommage détourné aux expériences narratives de la Nouvelle Vague mobilise de nouveaux admirateurs du style personnel d’un cinéaste, qui compte néanmoins parmi les plus prolifiques et les plus intéressants du cinéma coréen actuel.
Vu le 19 octobre 2011, au Club Marbeuf, en VO