Achille et la tortue
Réalisé par Takeshi Kitano (2010)
| Durée | 120 minutes |
| Sortie | 10/03/2010 |
| Note | 6/10 |
Machisu, le fils unique d'un riche homme d'affaires et collectionneur d'art, est depuis sa plus tendre enfance passionné de peinture. Encouragé par un peintre dont son père est le mécène, Machisu persévère sur cette voie, en dépit des tragédies familiales qui lui compliquent la vie. Une fois adulte, il entretient toujours le rêve de devenir un peintre célèbre et s'inscrit dans une école d'art. Mais dépourvu d'un style personnel, il copie sur les autres et multiplie les échecs artistiques. Seule sa femme Sachiko le soutient sans réserve dans sa quête d'un tableau, qui se vendrait enfin.
La critique
Par Tootpadu 11/02/2010
Ce film contient surtout quelques observations lucides sur ce qu'est l'art et en quoi sa réception, tout comme sa création, dépendent de facteurs, qui n'ont aucune portée culturelle. L'acharnement contre toute raison du protagoniste et son inventivité ne peuvent ainsi pas combler l'absence évidente de talent. L'engouement passager pour un style en particulier de la part de ses camarades de classe ou du propriétaire de la galerie sonne creux avec une franchise, qui démasque sans ménagement l'hypocrisie et la vacuité des milieux artistiques dans leur ensemble. A aucun moment, Machisu n'est vraiment touché par la grâce ou inspiré d'un véritable maître. Il est plutôt l'exemple même d'un tâcheron accompli, dont l'idéalisme ne peut pas compenser la banalité. L'évocation d'un destin aussi minable devient cependant intéressante par l'esprit radical avec lequel Takeshi Kitano suit son héros atypique dans tous ses délires. De ce point de vue, ce n'est pas tant le résultat sur la toile qui impressionne, mais les démarches de plus en plus absurdes que le peintre amateur entreprend, afin de percer dans un milieu qui ne veut visiblement pas de lui.
La seule qui se laisse faire et qui veut encore de Machisu, même quand il est déjà sérieusement amoché, c'est sa femme Sachiko. La conclusion joliment chaplinesque, en référence aux Temps modernes, montre ainsi que ce n'est après tout pas l'art et toutes ses chimères qui comptent, mais quelque chose d'aussi naturel et volatile que l'amour. En dépit des apparences et in extremis, le cynique Takeshi Kitano se dévoile alors une fois de plus comme un humaniste romantique.
Vu le 10 février 2010, au Club de l'Etoile, en VO