Housemaid (The)

Réalisé par Im Sang-soo (2010)

Thriller
Housemaid (The)
Durée 106 minutes
Sortie 15/09/2010
Note 7/10

Lee Euny est engagée par la vieille gouvernante Byung-shik pour l’assister dans la demeure de la famille du riche homme d’affaires Hoon. Elle devra assurer la garde de la fille Nami et veiller au bien-être de l’épouse Hera, qui accouchera sous peu de jumeaux. L’emploi prend une tournure érotique, lorsque Hoon séduit Euny et en fait sa maîtresse, à l’insu de Hera. Byung-shik est cependant au courant des moindres faits et gestes sous le toit de son patron. Elle ne tarde pas à révéler à la mère de Hera cette affaire, rendue encore plus gênante par la grossesse probable de Euny.

La critique

Par Tootpadu 19/08/2010

Dans son sixième film, le réalisateur coréen Im Sang-soo porte jusqu’au sublime l’art de prendre son public au dépourvu. Dès l’épilogue, avec son montage nerveux et son passage apparemment anodin d’un personnage à l’autre, dans la plus pure tradition de la cacophonie si chère à Robert Altman, nous ne savons jamais tout à fait à quoi nous en tenir. Cette impression d’être la proie volontaire d’un mélange de genres audacieux ne nous quitte jamais par la suite. Le récit à forte connotation sociale n’est à aucun moment à l’abri du glissement inattendu vers une forme d’expression filmique encore plus stylisée que la précédente.
La narration paraît en effet se désintéresser progressivement des pistes sur lesquelles elle attire notre attention. L’aspect érotique de l’intrigue, à l’origine de toute l’agitation qui suivra, est ainsi rapidement éclipsé au profit d’une trame plus mélodramatique, y compris les chutes malencontreuses pour se défaire d’une grossesse accidentelle, qui faisaient les beaux jours des feuilletons américains dans les années 1980. Même avant ce revirement de ton, Im Sang-soo filme cependant la scène des rapports sexuels entre Euny et Hoon comme une scène de meurtre, avec des parties de corps méconnaissables, qui s’entrechoquent pour ne plus faire qu’un écran rempli de chair transpirante. Robert Altman – encore lui – avait procédé de la même façon dans The Player, juste après que le producteur, interprété par Tim Robbins, était devenu un assassin sans remords. Le meurtre dans ce film-ci n’arrive qu’au bout de nombreuses tribulations, quand la catégorisation comme simplette, opérée à l’égard d’Euny par la mère de Hera, aura démontré toute sa véracité. Il est en effet difficile de s’identifier à la longue à cette fille gentille, mais naïve, assez bête pour ne pas s’extraire de l’étau de la famille machiavélique tant qu’il est encore temps. Il ne nous reste alors plus comme repère dans ce foyer qui sombre dans la folie que la vieille servante Byung-shik, simultanément fourbe et lucide, qui qualifie son travail d’« affreux, dégoûtant, méchant, et chiant ».
Rien de tel n’est à redouter de la part de la mise en scène de Im Sang-soo, d’une élégance et d’une précision à toute épreuve. Elle met admirablement à profit l’architecture majestueuse et froide de la demeure familiale. Dans ce décor si impressionnant et intimidant, la composition magnifique des plans participe considérablement au maintien d’une tension dramatique. Le scénario peut ainsi se moquer malicieusement de la prétention machiste de Hoon et du snobisme de sa famille, tout en engageant un jeu habile autour du symbole de la bouteille et du verre de vin d’un côté, et de l’autre, en guise de signe indubitable de la dégringolade sociale d’Euny, celui des sachets d’élixir revigorant, qui contiennent réellement le poison qui est censé résoudre tous les problèmes des méchants perfides, comme dans Les Enchaînés de Alfred Hitchcock. La référence n’est par contre assumée qu’à moitié, puisque The Housemaid se nourrit d’une perversion bien plus extériorisée et crue que celle sur laquelle se base la manipulation viscérale du spectateur dont le maître du suspense raffolait. En tant qu’œuvre marquée par une certaine opulence baroque, ce film est au moins autant redevable du meilleur du cinéma de genre italien, avec ses « gialli » et autres films d’horreur joyeusement extravagants.

Vu le 18 août 2010, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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