Save The Green Planet !

Save The Green Planet !
Titre original:Save The Green Planet !
Réalisateur:Jang Joon-hwan
Sortie:Vod
Durée:118 minutes
Date:20 mars 2006
Note:
Pour ce couple, c'est une évidence : les extra-terrestres sont sur le point d'avoir une emprise totale sur la planète. Certains sont même déjà sur le globe, ayant pris l'apparence d'être-humains tout à fait normaux. Décidé à empêcher cette invasion, le couple kidnappe un homme d'affaire, persuadé qu'il est l'un d'eux. Petit à petit, les choses se compliquent et un mystérieux et terrible danger rôde...

Critique de Mulder

Save the Green Planet ! est l'un de ces rares films qui ne se contentent pas de s'écarter des normes cinématographiques, mais qui les réduisent joyeusement en miettes, les reconstruisent avec du ruban adhésif, puis vous mettent au défi de rire, de tressaillir et de ressentir des émotions profondes, tout cela en même temps. Réalisé par Jang Joon-hwan, le film plonge directement dans la folie dès les premières minutes, refusant toute période d'échauffement, comme pour plonger immédiatement les spectateurs dans la psyché fragmentée de son protagoniste. Bien avant que Yorgos Lanthimos et Emma Stone ne revisitent cette histoire dans Bugonia, l'original coréen de 2003 avait déjà exploré ce territoire dangereux où se rencontrent la paranoïa, le traumatisme et la terreur cosmique, trouvant un élan humain étrangement émouvant dans ce qui aurait facilement pu n'être qu'une bizarrerie stylistique. Suivant Lee Byeong-gu, interprété avec une intensité extraordinaire par Shin Ha-kyun, l'histoire se déroule avec une clarté terrifiante : convaincu que des extraterrestres d'Andromède vivent parmi nous déguisés en élites du monde des affaires, il kidnappe le puissant PDG Kang Man-Shik, incarné de manière effrayante par Baek Yoon-sik, et entreprend de lui extorquer des aveux par des méthodes de plus en plus dérangées. Cette folie serait presque comique si elle n'était pas enracinée dans un désespoir aussi brut. À ses côtés se trouve Su-ni, interprété par Hwang Jung-min, dont la douceur rêveuse forme un contrepoint troublant et tendre à la violence, comme une innocence piégée dans l'apocalypse.

Ce qui rend le film infiniment captivant, c'est la façon dont Jang Joon-hwan refuse de laisser le public s'installer dans un seul registre émotionnel ; au contraire, il orchestre une symphonie de tons à couper le souffle, instable, qui finit par former un tout d'une puissance unique. À un moment donné, « Save the Green Planet ! » se présente comme un chaos science-fictionnel burlesque, avec des casques ridicules, des instruments de torture improvisés et des « preuves » extraterrestres à la fois absurdes et effrayantes, pour plonger quelques secondes plus tard dans un territoire psychologique brut qui laisse des cicatrices. À travers des flashbacks révélés progressivement et des fragments de ruines émotionnelles, la folie supposée de Lee prend un contexte terrible, et soudain, la blague se transforme en blessure. Alors que la réinterprétation occidentale penche vers une ironie stylisée, cette version originale est beaucoup plus furieuse, beaucoup plus sérieuse et infiniment plus déchirante, notamment dans la manière dont elle dénonce la cruauté des entreprises et la négligence de la société avec son thème tranchant. Kang Man-Shik, plutôt que d'être un adversaire spirituel, devient l'incarnation effrayante d'une cruauté infligée avec désinvolture par le pouvoir, et Baek Yoon-sik l'incarne sans amortisseur moral, rendant la bataille psychologique dans ce sous-sol aussi captivante que n'importe quel film de guerre.

L'enquête policière parallèle ajoute encore plus de richesse, où Lee Jae-yong dans le rôle du détective Choo et Lee Joo-hyun dans celui du détective Kim poursuivent la vérité tout en naviguant entre corruption, luttes d'ego et incompétence institutionnelle. Leur intrigue secondaire n'est pas un simple remplissage narratif ; elle approfondit le commentaire social du film, révélant comment les systèmes censés protéger les gens permettent au contraire à des tragédies comme celle de Lee de s'envenimer sans contrôle. Dans le même temps, le langage visuel du film refuse de se comporter normalement : des plans frénétiques filmés à la main, des insertions fantastiques théâtrales, des hallucinations surréalistes et des séquences sinistres et claustrophobes dans le sous-sol se fondent en une expérience cinématographique qui donne l'impression de voir la réalité elle-même se fissurer. Un moment anecdotique inoubliable – une séquence presque comique où la paranoïa se heurte à la politesse – illustre parfaitement l'habileté de Jang Joon-hwan à équilibrer la panique et l'humour avec une telle précision que l'on rit tout en ayant l'estomac noué. Le résultat est un film qui semble vivant, électrique, imprévisible à chaque image, oscillant constamment entre empathie et malaise.

Et puis il y a la finale, une conclusion si audacieuse, bizarre, opératique et étrangement poétique qu'elle semble être la seule fin possible à quelque chose d'aussi fiévreux et humain. Là où des thrillers moins ambitieux s'effondrent sous le poids de leurs propres ambitions, « Save the Green Planet ! » s'envole vers l'angoisse existentielle et l'ironie tragique, clôturant non seulement une histoire, mais aussi ce qui ressemble à une douloureuse dispute émotionnelle sur l'humanité elle-même. Ce film refuse le réconfort facile. Il suggère que la cruauté, la solitude et le désespoir peuvent pousser les gens à la folie, non pas parce qu'ils sont intrinsèquement brisés, mais parce que le monde les déçoit sans cesse. C'est ce qui rend l'œuvre de Jang Joon-hwan si bouleversante : elle est brutale, surréaliste, parfois hilarante, mais toujours sous-tendue par un cœur blessé. « Save the Green Planet ! » n'est pas seulement un classique culte, mais l'une des réalisations les plus audacieuses et les plus chargées en émotions du cinéma coréen, preuve que parfois les films les plus étranges racontent les vérités les plus honnêtes.

Save the Green Planet !
Écrit et réalisé par Jang Joon-hwan
Produit par Seoung Jae-cha, Kim Seon-a
Avec Shin Ha-kyun, Baek Yoon-sik
Directeur de la photographie : Hong Kyung-pyo
Montage : Park Gok-ji
Musique : Lee Dong-jun
Distribution : CJ Entertainment
Date de sortie : 4 avril 2003 (États-Unis)
Durée : 118 minutes

Vu le 13 décembre 2025 au Max Linder Panorama

Note de Mulder: