
| Titre original: | Miller's Crossing |
| Réalisateur: | Joel Coen |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 110 minutes |
| Date: | 27 février 1991 |
| Note: | |
Johnny Caspar, un des chefs de la pègre, suspecte Bernie Bernbaum de l'escroquer dans des matchs et des paris truqués. Il va donc se plaindre auprès de Leo, le puissant maître officieux de la ville. Mais ce dernier refuse de permettre l'assassinat de Bernbaum, surtout parce qu'il est amoureux de Verna, la soeur du petit malfrat. Tom Reagan, le bras droit de Leo, observe cette altercation avec une certaine appréhension. Ses réserves se verront en effet rapidement justifiées, puisque toute la ville sera plongée dans une guerre de gangs suite à ce petit différent.
Critique de Tootpadu
En 1990, deux grandes épopées de gangster ont monopolisé toute l'attention de la critique et du public. Entre Les Affranchis de Martin Scorsese et le dernier volet de la saga mythique de Francis Ford Coppola, Le Parrain 3ème partie, il était difficile de trouver sa place. Et pourtant, le troisème film des frères Coen réussit à réinventer et en même temps à détourner le genre comme ni l'exercice de style flamboyant, ni la clôture un peu forcée d'une trilogie par la concurrence directe n'ont su le faire.
Miller's Crossing est avant tout un film cérébral, qui ne se complait guère dans des bains de sang viscéraux. La violence y est certes omniprésente, mais elle se décline sous des formes bien plus subtiles que des fusillades interminables. Les quelques échanges de tir bruyants comptent parmi les morceaux de bravoure du film (notamment l'attentat contre Leo), mais la manipulation mentale se révèle encore plus menaçante, voire plus redoutable que même l'initiateur du plan, Tom Reagan, ne l'avait prévu. Une fois qu'il a pris connaissance du réseau complexe des personnages, le spectateur ne peut pas être plus rassuré pour autant, puisque chaque rôle garde un côté irascible et imprévisible. Les profondeurs quasiment insondables de l'intrigue sont noircies davantage par le scénario point avare en répliques sophistiquées. Considérer ce petit joyau comme un film bavard, ce serait par contre ignorer, par paresse ou par bêtise, l'incroyable travail d'écriture que les frères Coen ont mis dans leur scénario le plus complexe à ce jour. Essayer de relier tous les fils de l'histoire et savourer le ton unique des échanges à double sens devient ainsi un exercice plus gratifiant que d'attendre les rares scènes d'action.
Quant à la fidélité du tandem de cinéastes envers leurs références en particulier et le film noir en général, le constat est loin d'être facile. D'un côté, Miller's Crossing suit la noble tradition de quelques films des années 1940 qui contrebalançaient la complexité de leur histoire par un style proche du dépouillement. L'efficacité élégante de l'exécution caractérise ainsi la plus grande partie des presque deux heures de film. Mais de l'autre côté, Joel et Ethan Coen ne manquent pas d'apposer leur signature immédiatement reconnaissable. La dérision et l'humour décalé surgissent alors de façon irrégulière, mais suffisamment pour conférer au film un style très personnel et pas moins irrésistible.
Revue le 10 mars 2006, en DVD, en VO
Note de Tootpadu: