Dernier pour la route (Le)
Réalisé par Philippe Godeau (2009)
Drame social
| Durée | 107 minutes |
| Sortie | 23/09/2009 |
| Note | 6/10 |
Hervé est alcoolique. Sa dépendance n'a que peu de conséquences sur son travail de directeur d'une agence de presse. Sa vie familiale et privée en souffre par contre profondément. Pour réussir une fois pour toutes le sevrage, Hervé se fait admettre dans un centre de désintoxication en province. Les méthodes de la thérapie en groupe lui paraissent d'abord suspectes. Mais au fil des jours, il reconnaît qu'il ne pourra s'en sortir que grâce au soutien des autres.
La critique
Par Tootpadu 08/07/2009
La lutte contre l'alcoolisme ne compte pas vraiment parmi les priorités du cinéma français. Il préfère laisser cette tâche fastidieuse à ses confrères américains, qui peuvent se prévaloir d'une longue tradition de films de soûlard, depuis Le Poison de Billy Wilder et Le Jour du vin et des roses de Blake Edwards, jusqu'à plus récemment 28 jours en sursis de Betty Thomas et un détour par le film de gangster dans You kill me de John Dahl. Vers chez nous, on privilégie, dans un mouvement catégorique de déni - peu importe les grandes causes nationales et autres campagnes de sensibilisation -, la quête du bien-être passablement ésotérique, que ce soit dans La Cloche a sonné de Bruno Herbulot ou De la guerre de Bertrand Bonello. Cela risque de changer, heureusement, avec cette adaptation du livre d'un rescapé, qui évoque avec une grande sobriété le combat au jour le jour contre le démon de l'ivresse.
Les masques tombent en effet rapidement au cours des premières séquences du film. L'état d'esprit permissif de Hervé l'ivrogne, qui enchaîne les derniers verres avant l'admission, se heurte inévitablement aux règles strictes de l'établissement où il se rend pour chercher de l'aide. Même si le scénario suit globalement le parcours classique de la mise en question, qui précède à chaque nouveau départ vers une vie meilleure, la mise en scène sait lui fournir un encadrement sincère. Il n'existe pas trente-six mille façons de combattre la dépendance. Mais la mise à nu et la fragilité sans pathos des personnages rendent touchant l'histoire de Hervé et de ses compagnons de résistance contre l'appel de la facilité. L'entretien quotidien d'une volonté qui dit "non" à la tentation d'un petit verre de vin peut paraître négligeable pour quiconque n'est pas directement concerné par ce fléau de la santé publique, qui touche plus de monde que les individus marginaux que nous voyons tous les jours dans les transports en commun.
La force morale redoutable du Dernier pour la route provient de sa capacité de porter ce défi personnel à un niveau universel. Nous souffrons tous d'un comportement obsessionnel quelconque, probablement moins grave que l'alcoolisme, mais pas moins révélateur de notre fonctionnement psychologique. Et peu importe le contexte, certains ont sans doute connu un sentiment de perte de force et de détermination, dès que le cocon protecteur de l'entraide des semblables avait disparu. Le récit de ce premier film très solide, les quelques retours en arrière convenus mis à part, puise dans ce réservoir infini des tentatives de rompre le cercle vicieux de la reddition face à la faiblesse, au profit d'un optimisme mesuré, car lucide.
Les masques tombent en effet rapidement au cours des premières séquences du film. L'état d'esprit permissif de Hervé l'ivrogne, qui enchaîne les derniers verres avant l'admission, se heurte inévitablement aux règles strictes de l'établissement où il se rend pour chercher de l'aide. Même si le scénario suit globalement le parcours classique de la mise en question, qui précède à chaque nouveau départ vers une vie meilleure, la mise en scène sait lui fournir un encadrement sincère. Il n'existe pas trente-six mille façons de combattre la dépendance. Mais la mise à nu et la fragilité sans pathos des personnages rendent touchant l'histoire de Hervé et de ses compagnons de résistance contre l'appel de la facilité. L'entretien quotidien d'une volonté qui dit "non" à la tentation d'un petit verre de vin peut paraître négligeable pour quiconque n'est pas directement concerné par ce fléau de la santé publique, qui touche plus de monde que les individus marginaux que nous voyons tous les jours dans les transports en commun.
La force morale redoutable du Dernier pour la route provient de sa capacité de porter ce défi personnel à un niveau universel. Nous souffrons tous d'un comportement obsessionnel quelconque, probablement moins grave que l'alcoolisme, mais pas moins révélateur de notre fonctionnement psychologique. Et peu importe le contexte, certains ont sans doute connu un sentiment de perte de force et de détermination, dès que le cocon protecteur de l'entraide des semblables avait disparu. Le récit de ce premier film très solide, les quelques retours en arrière convenus mis à part, puise dans ce réservoir infini des tentatives de rompre le cercle vicieux de la reddition face à la faiblesse, au profit d'un optimisme mesuré, car lucide.
Vu le 8 juillet 2009, à la Salle Pathé François 1er
★★★★★★☆☆☆☆
6/10