Rendez-vous à Brick Lane

Réalisé par Sarah Gavron (2008)

Drame social
Rendez-vous à Brick Lane
Durée 101 minutes
Sortie 12/03/2008
Note 6/10

Après le suicide de sa mère, la jeune Nazneen doit quitter son Bangladesh natal pour épouser un homme plus âgé en Angleterre, à qui elle a été promise par son père. Seize ans plus tard, désormais mère de deux filles, Nazneen rêve toujours de rentrer au pays, tellement elle n'a pas réussi à s'intégrer dans la communauté mixte des quartiers d'immigrés de Londres. Pour gagner un peu d'argent, elle effectue des travaux de couture sur une vieille machine que la voisine lui a cédé. Chaque jeudi, ses nouvelles pièces de commande sont livrées par Karim, un jeune homme séduisant, qui est prêt à se battre contre les discriminations que sa communauté subit. Nazneen ne tarde pas à succomber aux charmes du livreur.

La critique

Par Tootpadu 06/02/2008

Les couleurs vives et saturées jaillissent carrément de l'écran dans ce premier film britannique. Accessoirement, la même chose est vraie pour les montages mentaux, qui constituent le seul égarement formel du film. La palette visuelle chatoyante crée un contraste saisissant avec la misère émotionnelle et la précarité matérielle du personnage féminin principal. Elle établit en même temps un lien fort avec le passé de Nazneen, cette période insouciante de sa vie vers laquelle le retour est impossible.
Chacun des personnages du film poursuit en effet un rêve ou un idéal qui est hors de sa portée. La désillusion est alors d'autant plus brutale, que cette chimère était le dernier rempart contre l'acceptation de la condition d'immigré. Pour les uns, il ne reste dès lors plus que la fuite, vers le pays d'origine ou un attachement fanatique et aveugle à la religion. Et pour celle qui a abordé son existence dans ce pays froid et hostile dans une position de soumission silencieuse, elle se traduit par un sursaut de lucidité et d'indépendance des plus bénéfiques. Le vieil adage selon lequel il faut bien arriver, avant de pouvoir mieux repartir, se trouve ainsi modifié, puisque Nazneen ne réussit à réellement s'installer en Angleterre que lorsqu'elle se rend compte que cela ne sert à rien de repartir.
Outre l'aspect visuel étonnamment maîtrisé pour un premier film, la qualité principale de la réalisation de Sarah Gavron réside dans sa direction d'acteurs. Alors que Tannishtha Chatterjee confère une dignité et une envie de vivre bouleversantes à son personnage, c'est à notre grande surprise le rôle ingrat du mari éduqué, mais bête, interprété par Satish Kaushik, qui nous a le plus interpellé. Grâce à son portrait intelligent d'un homme qui l'est peut-être plus qu'on ne pense, tout le dilemme d'un certain groupe d'immigrés devient douloureusement apparent. Son optimisme de circonstance et sa débrouillardise très maladroite peuvent alors être considérés comme les symptômes d'une volonté d'assimilation, qui ne s'arrête nullement devant la perte de la dignité. En comparaison, Christopher Simpson, une sorte de John Gavin bengal à la démarche déhanchée, dans le rôle du séducteur sert tout juste à se rincer l'oeil.

Vu le 5 février 2008, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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