Une vie meilleure

Réalisé par Cédric Kahn (2012)

Drame social
Une vie meilleure
Durée 112 minutes
Sortie 04/01/2012
Note 6/10

Las de stagner dans son travail de cuisinier dans une cantine et d’être recalé aux entretiens d’embauche faute d’expérience, Yann Laurent décide de se mettre à son compte, avec l’aide de sa copine, la serveuse Nadia. Ensemble, ils achètent un restaurant abandonné au bord d’un lac, qu’ils rêvent de transformer en une mine d’or gastronomique. Puisqu’ils n’ont pas assez d’apport pour pouvoir prétendre au crédit de la banque, ils se procurent de l’argent frais par le biais de crédits à la consommation. Lorsque la supercherie est découverte et que le restaurant ne peut pas ouvrir en l’absence d’une autorisation officielle, Yann et Nadia ne savent plus quoi faire face à la montagne de dettes qu’ils ont déjà contractées.

La critique

Par Tootpadu 01/02/2012

L’expression « le rêve français » n’existe pas, et pour cause. Contrairement aux Américains, qui ont su faire perdurer le mythe de la réussite accessible à tous, quitte à baser cette utopie du luxe abordable et de la consommation incommensurable sur des crédits jamais remboursés, qui empestent plus ou moins directement l’air des marchés financiers depuis plus de trois ans, les Français ne se sont guère évertués à promouvoir le goût du risque et de l’entreprise hardie. Cette différence culturelle est sans doute due à des valeurs diamétralement opposées, puisque – pour faire bref et ne pas rentrer dans les détails d’une philosophie nationale – là où les Américains ne jurent que par un matérialisme capitaliste, les Français aiment se donner de faux airs de valeureux défenseurs de la doctrine démocratique dans sa monture la plus chauvine possible. En gros, quiconque voudrait réaliser de grands projets ferait mieux de s’exiler outre-Atlantique, s’il ne veut pas voir son rêve réduit à la poussière au bout du marathon des différentes instances administratives.
Même si la vie n'est pas non plus si rose aux Etats-Unis, comme nous l'avait montré le précurseur hollywoodien d'Une vie meilleure, A la recherche du bonheur de Gabriele Muccino, les chances de finir chez nous comme une Louise Wimmer et de glisser à travers les maillons d'un système d'aide sociale plutôt bien développé sont malgré tout plus élevées que chez l'Oncle Sam, qui est devenu maître dans la science de l'exclusion à tous les niveaux, à force de priver ses sujets les plus pauvres d'une tribune médiatique pour laisser une trace de leur malheur. Que le huitième film de Cédric Kahn ose s'échapper pendant sa dernière partie, par ailleurs la moins réussie, au Canada, l'Amérique des utopistes francophones, est hélas révélateur dans ce contexte de la situation tristounette dans notre pays, où seuls les électeurs les plus crédules adhèrent encore au mensonge de politicien selon lequel il suffit de travailler plus pour gagner plus.
Avant d'entamer cet exode presque caricatural, le récit arrive cependant à nous toucher sans avoir recours à la manipulation du chantage sentimental. La dégringolade sociale du protagoniste, qui se trouve rapidement dépassé par la complexité financière de son projet, y est retranscrite avec une sobriété qui va droit au cœur. La répartition en chapitres informels de cette saga, après tout très banale, d'un échec individuel sert de régulateur redoutable contre les deux extrêmes d'un misérabilisme ou d'un optimisme mal placé. Il en résulte un conte social aussi poignant que Louise Wimmer, sorti la même semaine, à la différence importante près que la galère dans le film de Cyril Mennegun est irrévocable, tandis que Yann et Nadia peuvent encore se bercer dans la chimère d'un nouveau départ.

Vu le 31 janvier 2012, au Publicis Cinémas, Salle 1

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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