Droit de passage

Réalisé par Wayne Kramer (2010)

Drame social
Droit de passage
Durée 113 minutes
Sortie 04/08/2010
Note 5/10

En Californie, l’agent de la police d’immigration Max Brogan tente de retrouver la trace de Mireya Sanchez, qui a dû abandonner son fils Juan, à cause de son expulsion au Mexique. Son co-équipier Hamid est fier de la naturalisation prochaine de son père, d’origine iranienne, alors que le style de vie beaucoup trop occidental de sa sœur est embarrassant pour sa famille. L’actrice australienne Claire Sheperd espère faire carrière à Hollywood, tout comme son copain Gavin Kossef, qui explore la filière juive pour percer en tant que chanteur. Quand Claire rencontre par hasard le fonctionnaire de l’immigration Cole Frankel, elle accepte de devenir sa maîtresse, en échange d’une carte verte. En même temps, la femme de Cole, l’avocate Denise, prend la défense de la famille indienne Jahangir, menacée d’expulsion parce que la fille Taslima a défendu les terroristes du 11 septembre en classe.

La critique

Par Tootpadu 17/08/2010

Les bons sentiments abondent dans le troisième film de Wayne Kramer, qui se réinvente pour l’occasion comme successeur pas tout à fait digne de Stanley Kramer. Le message de ce film choral, qui explore un florilège de situations diverses en rapport avec l’immigration aux Etats-Unis, vise en effet principalement à nous amadouer. Une fois que vous aurez résisté cependant avec succès à la charge émotionnelle considérable de Droit de passage – à moins de succomber sans trop de résistance aux multiples manœuvres de manipulation avec lesquelles la narration cherche à relier les différents condensés de clichés bien pensants –, vous vous rendrez peut-être compte à quel point il célèbre en douce le maintien du statu quo, sur lequel repose la civilisation de la grande nation américaine. Le fait que les instances des institutions de l’immigration ont presque toujours raison relève toutefois plus du climat propre à la décennie passée, marqué par la paranoïa et la méfiance envers l’étranger, que d’un éventuel cahier des charges réactionnaire du réalisateur. Toujours est-il que le choix des fils de l’intrigue – en dépit de sa diversité affichée, qui vise sans doute l’exhaustivité cosmopolite et qui échoue assez misérablement dans ce domaine – ne permet aucun regard neuf ou particulièrement pertinent sur un sujet aussi ancien que les Etats-Unis eux-mêmes.
Pour parfaire le tour d’horizon de cette question bien trop vaste pour un film aussi peu militant que celui-ci, il y a donc les humanitaires larvés, interprétés par Harrison Ford et Ashley Judd, qui exercent certes une activité en rapport direct avec la lutte contre l’immigration clandestine ou ses conséquences, mais qui espèrent quand même apporter une impulsion positive grâce à leur action au cœur de la machine administrative. Le pendant moins valeureux de cet engagement est le personnage de Ray Liotta, qui exploite les failles du système à ses propres fins, avant de réaliser, évidemment trop tard, qu’il n’est personne en dehors de son emploi de fournisseur de cartes vertes magiques. Et puis, il existe toute une zone d’ombre : cette multitude de personnages en manque de repères culturels et d’intégration, qui émettent des réserves, par ailleurs le plus souvent justifiées, à l’égard du rêve américain, mais qui s’insurgent dès que le retour de bâton du destin leur rappelle leur propre précarité comme immigrés de première génération. Etonnamment, l’antagoniste principal, cette bête tentaculaire de l’application d’un système hautement protectionniste des intérêts américains, n’a pas droit ici à une cible d’identification ou de rejet claire. La menace diffuse de pouvoir être expulsé à tout moment et la certitude de n’être qu’un pion impuissant dans le jeu inégal entre les gardiens de l’ordre et le mendiant honteux, qui aimerait tant avoir sa part du gâteau, suffisent apparemment pour définir les camps dans ce film à la vocation sociale sommaire.
La mise en scène de Wayne Kramer, dans la tradition consensuelle de Collision de Paul Haggis, ne fait rien pour rendre le propos de son film plus subtil ou moins tendancieux. La structure prévisible du récit, découpé sans la moindre élégance formelle par les plans depuis le point de vue divin sur les autoroutes de la métropole, ne permet à aucun moment au ton de se défaire de son air moralisateur. Indubitablement bien intentionné, Droit de passage appartient ainsi au genre des drames sociaux, que Hollywood produit régulièrement pour se donner bonne conscience, mais qui sont invariablement à la traîne, lorsqu’il s’agit de promouvoir une opinion progressiste et nullement entachée par une quelconque récupération idéologique.

Vu le 17 août 2010, à l’UGC Ciné Cité Les Halles, Salle 23, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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