Temps qu'il reste (Le)
Réalisé par Elia Suleiman (2009)
| Durée | 111 minutes |
| Sortie | 12/08/2009 |
| Note | 7/10 |
Quatre épisodes de la vie d'une famille de Nazareth. En 1948, le résistant palestinien Fuad Suleiman est témoin de l'occupation de sa ville par l'armée israélienne, qui le torture. Dans les années 1970, Fuad, sa femme et son fils Elia, désormais assimilés de force à l'état d'Israël en tant qu'Arabes-israéliens, subissent toujours les pressions des institutions. Devenu adulte, Elia devra quitter le pays, en raison de ses activités militantes. A son retour, de nos jours, il ne trouve plus que sa vieille mère diabétique, assistée d'une infirmière philippine, tandis que la grogne sociale est muselée par l'armée israélienne.
La critique
Par Tootpadu 07/07/2009
Le comique visuel, aussi ingénieux que récurrent, présente en effet le sort des Palestiniens restés en Israël sous un jour empreint de résignation et de rébellion sourde face aux forces armées. La cruauté du traitement de ces Israéliens de seconde classe prend ainsi la forme de motifs percutants, comme la femme tuée à bout portant par des soldats déguisés en résistants ou la querelle dans le couloir de l'hôpital autour d'un blessé, voire malicieusement exagérés, à travers le jeune homme suivi par le canon d'un char, lors d'une tâche aussi bénigne que la sortie de la poubelle. Elia Suleiman excelle dans ces vignettes, sous forme de petites perles visuelles, qui en disent plus long sur le malaise existentiel de la Palestine que tous les discours politiques réunis.
Dans ce sens, son approche ressemble à celle de Jacques Tati, dont le personnage taciturne de Monsieur Hulot dénonçait à sa façon les méfaits d'une civilisation. Le contexte est bien entendu plus grave ici. Mais l'attention portée aux gestes anodins, comme le plat de lentilles de la tante jeté invariablement à la poubelle, ne trahit nullement le sérieux avec lequel le réalisateur dresse, à petite échelle, le portrait de l'histoire palestinienne.
Seuls deux détails annexes relativisent le plaisir doux-amer que procure ce film remarquable : le titre français, particulièrement mal traduit de la version internationale, et qui aurait dû être Le Temps qui reste. Et puis le fait que la Palestine demeure dans un tel état de précarité matérielle, qu'elle est incapable d'assurer la production de ses propres films, entreprise dans le cas présent par la France, la Belgique et l'Italie.
Vu le 7 juillet 2009, au Club Marbeuf, en VO