Connection (The)
Réalisé par Shirley Clarke (2013)
| Durée | 103 minutes |
| Sortie | 18/09/2013 |
| Note | 6/10 |
Le journaliste Jim Dunn et son caméraman J.J. Burden ont investi l’appartement du toxicomane Leach. Ils veulent y filmer le passage de Cowboy, le dealer qui est censé fournir en came la petite communauté rassemblée dans le loft de Greenwich Village. En attendant l’arrivée du messie de la cocaïne, les uns jouent du jazz, pendant que les autres se confient à la caméra.
La critique
Par Tootpadu 12/09/2013
En dépit de nos expressions de mécontentement récentes, respectivement dans les critiques de Les Millers Une famille en herbe et Artémis Cœur d’artichaut, quant à la récupération trop complaisante du thème de la drogue et de l’héritage formel de la Nouvelle Vague, il y a bien eu une période lointaine où ces deux choses entièrement dissemblables revêtaient encore une signification indiscutable. Il faudrait remonter un demi-siècle en arrière, au moment de la première cannoise de The Connection en 1961, pour prendre toute la mesure de ce film exceptionnel, par son contenu et par la forme cinématographique qu’il adopte pour le véhiculer. A l’époque, la Nouvelle Vague n’en était qu’à ses balbutiements en France, alors qu’outre-Atlantique des cinéastes iconoclastes comme John Cassavetes s’attaquaient à peine aux codes classiques du cinéma hollywoodien pour établir un rapport plus brut entre la réalité et la fiction. Une réalité américaine qui n’était alors représentée sur grand écran qu’à condition que la censure de la bienséance en fasse une leçon de morale et de mise en garde, adressée à un public peut-être déjà plus si pudibond à l’avènement de l’ère du rock’n’roll.
Or, ce ne sont guère les coups violents de ce nouveau genre musical qui rythment l’intrigue du premier film de la réalisatrice Shirley Clarke, mais les thèmes fiévreux et poisseux du jazz. En effet, il ne manquerait plus qu’une fumée épaisse pour transformer en un donjon du vice le décor unique du film. Sauf que l’ambition principale de ce dernier est précisément de montrer sans fard, ni jugement, ce qui était caché auparavant. D’où sans doute l’aspect très clair et précis de la photographie de Arthur J. Ornitz, magnifiquement restaurée il y a une dizaine d’années, qui n’aménage aucune zone d’ombre où les drogués pourraient se cacher. Ceux qui n’étaient jusque là que les parias d’une société aux tares soigneusement camouflées se retrouvent désormais sous les feux des projecteurs.
Cette mise à nu de la dépendance et d’une précarité qui n’a point été prévue dans le rêve américain n’arrive jamais à se défaire complètement de ses origines théâtrales. Elle excelle cependant dans la mise en avant neutre des exclus du système, peu importe qu’ils soient drogués ou homosexuels, ainsi que de leur style de vie qui ne choquerait pas seulement la naïveté des agents de la bonne volonté religieuse. Sans négliger le fait probablement encore plus important, historiquement parlant, que nous tenons là un des précurseurs majeurs de la docu-fiction à la Le Projet Blair Witch, puisque le dispositif narratif est d’entrée de jeu conçu comme les vestiges d’une première plongée maudite dans l’univers de la drogue, à laquelle seul l’homme derrière la caméra aurait échappé.
Vu le 12 septembre 2013, au Cinéma du Panthéon, en VO