Village de carton (Le)

Réalisé par Ermanno Olmi (2014)

Drame de réfugiés
Village de carton (Le)
Durée 87 minutes
Sortie 29/01/2014
Note 7/10

Un vieux prêtre doit assister, impuissant et désemparé, au démontage de son église. Les lieux ne tardent pourtant pas à être investis par de nouveaux occupants. A la tombée de la nuit, un groupe de réfugiés africains s’y installe. Parmi eux, une jeune femme seule sur le point d’accoucher, des terroristes qui comptent se rebeller contre les méthodes inhumaines des forces de l’ordre et un père de famille blessé, qui trouve refuge au presbytère.

La critique

Par Tootpadu 17/01/2014

Le phénomène de la braderie des biens matériels de l’église catholique ne date pas de hier. L’arrivée du nouveau pape François devrait en effet être trop peu, trop tard pour renverser une tendance de perte de foi et de fidèles, qui s’amorce depuis que le clergé a définitivement perdu son monopole moral. De toute façon, ce film italien, sorti tardivement en France, date d’avant ce changement cosmétique, qui ne modifiera guère la structure archaïque de l’institution religieuse. Encore mieux, il a adopté pleinement la thématique du flux ininterrompu des réfugiés qui viennent d’Afrique et dont personne ne veut en Europe, avant que les médias occidentaux ne s’émeuvent hypocritement sur le sort cruel qui s’abat sur eux lors de la traversée maritime.

Toutefois, l’engagement humain par lequel se distingue Le Village de carton n’a rien d’un pamphlet militant. C’est plutôt une réflexion austère sur le choc entre deux cultures, qui restent étrangères l’une à l’autre au lieu d’unir leurs forces afin d’amenuiser la misère. L’octogénaire Ermanno Olmi épouse ainsi le style du centenaire Manoel De Oliveira dans ce qu’il a de plus expressif et épuré. La prise de conscience du curé, resté enfermé toute sa vie dans le microcosme de son église, ne s’y accompagne point d’une action concrète en faveur des hommes, des femmes et des enfants qui viennent squatter dans la nef majestueuse et froide. Tandis qu’ils y introduisent une dernière fois la vie sous sa forme la plus essentielle, le prêtre ne prend pas activement part à cette aventure humanitaire. A l’image de l’appareil ecclésiastique exsangue, il demeure souffrant chez lui, attendant la fin certaine d’une existence qui ne sait plus prendre partie dans les sujets brûlants de l’actualité.

De l’autre côté de cette barrière culturelle, que la mise en scène se garde bien d’accentuer davantage, les réfugiés jouissent d’une différenciation appréciable de leurs objectifs et de leurs rêves. On y est en effet loin des deux stéréotypes extrêmes de l’immigré soit noble, soit parasitaire, pour mieux permettre au spectateur la rencontre avec des personnages qui préservent une part de mystère. La valeur spirituelle du film – une chose suffisamment rare de nos jours pour la signaler – réside d’ailleurs dans ce refus de tout expliciter. Le ton sacré du récit, dépourvu du moindre cérémoniel ennuyeux, puise sa force calme de cet état de suspension des âmes et des corps, pendant ce bref moment de répit dans l’enceinte de l’église.

Visuellement parlant, le réalisateur réussit de nombreuses compositions de plans magnifiques. Le symbolisme qui s’en dégage est d’autant plus percutant qu’il évite le piège de l’iconographie chrétienne pour au contraire détourner ces objets pieux de leur vocation première. Le pragmatisme des réfugiés, engagés dans un combat féroce pour la survie et pour l’acquisition d’un chez-soi, serait-il temporaire, s’oppose ainsi à l’inertie des lieux poussiéreux. Il n’est hélas pas sûr que cette rage de vivre leur sera bénéfique à long terme, puisque la séparation géographique due à la mer sera toujours un allié puissant en faveur du maintien du statu quo entre le vieux contient, moribond, et son pendant africain, débordant de vie. Les dernières images lugubres le montrent si bien, pour clore sur une note empreinte de désespoir ce film, qui réussit sinon brillamment le grand écart formel entre l’ascèse et le baroque.

 

Vu le 16 janvier 2014, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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