Bethléem

Réalisé par Yuval Adler (2014)

Drame
Bethléem
Durée 99 minutes
Sortie 19/02/2014
Note 6/10

Sanfur, le frère cadet d’Ibrahim, un terroriste palestinien des brigades d’Al-Aqsa, a été recruté en tant qu’informateur par les services secrets israéliens. Depuis deux ans, l’agent Razi a établi un contact étroit avec l’adolescent originaire de Bethléem, qui lui permet d’en savoir plus sur les futurs attentats sur le sol israélien. Quand l’étau se resserre autour d’Ibrahim, suite à une explosion en plein cœur de Jérusalem qui a fait neuf morts et qu’il revendique au nom des forces radicales du Hamas, Razi a de plus en plus de mal à protéger Sanfur.

La critique

Par Tootpadu 11/01/2014

Qu’est-ce que ce serait bien, si on pouvait avoir un avis tranché sur le conflit israélo-palestinien, cette guerre larvée qui n’aspire pas de sitôt à la paix ! Au lieu de se diriger vers un compromis en guise de solution de ce problème ancien, tous les participants paraissent faire de leur mieux pour rendre la situation encore plus complexe et inextricable. Au moins, le cinéma contemporain ose s’aventurer des deux côtés du front endurci. Il affiche une certaine hardiesse, pas tant pour chercher un point en commun qui pourrait servir de base à une entente cordiale à petite échelle, mais davantage afin de montrer les dégâts incommensurables causés par l’entêtement fanatique qui prévaut hélas partout. En attendant que ces films serviront un jour lointain de rappel historique d’une impasse aux risques multiples, ils constituent une voie d’accès généralement pauvre en préjugés à cet engrenage d’une violence aveugle.

Tirer sur tout ce qui bouge n’est un sport pour des gamins pubères qu’au tout début de Bethléem. Très vite, les choses sérieuses commencent, même si le va-et-vient entre les points de vue de Sanfur et de Razi s’apparente clairement plus à un jeu du chat et de la souris qu’à un antagonisme manichéen. La narration s’abstient d’ailleurs largement de prendre partie, préférant laisser les alliances instables parler pour elles-mêmes. En effet, dans le monde de l’espionnage israélien et des indicateurs palestiniens, tout se monnaie d’une façon ou d’une autre et les alliés d’aujourd’hui n’auront pas d’états d’âme pour passer à l’ennemi ou sacrifier un ami à la moindre occasion. La répartition des rôles a beau paraître claire d’entrée de jeu, le ton impitoyable du récit nous rappelle avec fracas que, jusqu’à présent, ce conflit a exclusivement produit des perdants.

Pour son premier film, le réalisateur Yuval Adler se passe aisément de tout effet de style superflu pour accroître l’intensité de l’histoire. L’aspect visuel quasiment clinique du film participe au contraire à une forme exaspérante de réalisme. Les mauvaises surprises y abondent, pendant que les messages rassurants n’y ont pas droit de cité. Cela ne s’appelle point du misérabilisme, mais relève plutôt du regard désenchanté sur une jeunesse complètement perdue, trahie par ses aînés qui ne s’en servent que pour avancer laborieusement et au prix inutile de vie innombrables sur l’échiquier d’un conflit sans issue concrète. C’est sans doute ainsi que l’on devrait interpréter les dernières minutes de ce film poignant, qui mène à l’abattoir – au propre comme au figuré – la douceur mielleuse de l’occupant et l’impétuosité sans repère de l’adolescent, broyé par des intérêts diamétralement opposés.

 

Vu le 10 janvier 2014, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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