Quartet

Réalisé par Dustin Hoffman (2013)

Drame
Quartet
Durée 98 minutes
Sortie 03/04/2013
Note 7/10

La pension Beecham House, une maison de retraite pour musiciens professionnels à la campagne anglaise, est en effervescence à l’approche du gala annuel, qui décidera de l’avenir financier de l’institution. Suite au désistement du soliste vedette de la maison, le metteur en scène Cedric Livingston cherche désespérément un remplaçant. L’arrivée d’une nouvelle pensionnaire, la cantatrice célèbre Jean Horton, rendrait les retrouvailles du mythique quartet de Verdi possible. Sauf que Jean et son ex-mari Reggie Paget sont en mauvais termes et qu’elle ne souhaite plus monter sur scène. Il appartient alors à leurs amis Wilf Bond et Cissy Robson de les convaincre de faire une dernière fois équipe.

Les critiques

Par Mulder 02/04/2013

Dustin Hoffman passe pour la seconde fois de sa très longue et brillante carrière derrière la caméra (il assista en effet le réalisateur Ulu Grosbard sur le film Le Récidiviste en 1978). Son film se veut comme une vision réaliste sur la fin de vie de certains artistes (musiciens et chanteurs) dans une des pensions de la campagne anglaise. Dans le cadre de l’une d’elles, les personnages principaux doivent en effet tenter de reformer leur quatuor dans le cadre d’un gala annuel.

Sur la base d’une pièce de théâtre écrite par Ronald Harwood (scénariste du film), ce film est des plus optimistes. Malgré un cadre qui serait plus en relation avec un drame social, une certaine innocence continue à exister. Ces différents artistes qui ont connu leur heure de gloire sont pour certains une pâle image de ce qu’ils étaient. Ce n’est donc pas par pur hasard que Dustin Hoffman passe derrière la caméra pour mettre en scène cette tragédie comique. Ce film britannique est en effet très loin du cinéma sans âme hollywoodien où les acteurs tentent de faire carrière mais restent pour la plupart de simples pantins dans les mains des grands studios. Un tel projet n’aurait pas pu voir le jour aux Etats-Unis. C’est principalement pour cette raison que Dustin Hoffman s’est exilé le temps d’un film en Angleterre. Bien lui en a pris, car son film est un pur moment de cinéma. Loin de nous tirer les larmes, ses personnages coexistent dans le cadre limité et arrivent à nous toucher par leur sincérité. Loin de vouloir apporter son propre style visuel, Dustin Hoffman se révèle être un très grand directeur d’acteurs. Billy Connolly et Maggie Smith dans les rôles principaux semblent prendre un vrai plaisir à interpréter leur rôle.

En ces temps de crise, de chômage galopant, d’inégalités sociales de plus en plus fortes, ce film est non seulement un vrai plaisir à regarder, mais aussi à écouter. La musique, élément très important du film, reste l’un des éléments les plus nobles et fondateurs pour faire coexister de nombreux talents. Voir ces personnes âgées monter leur spectacle nous rappelle le temps où, enfants à l’école, on montait aussi des spectacles, certes pas aussi maîtrisés, mais avec une innocence des plus respectueuses. En 1983, l’épisode signé par Steven Spielberg du film La Quatrième dimension (remake de l’épisode "Jeux d’enfants") montrait un certain monsieur Bloom faire retourner en enfance les pensionnaires. Dans ce film, la musique joue le même rôle. Voir ce film est un vrai bonheur aussi touchant que profondément humain.

Ne ratez donc pas ce film ce mercredi et allez-y en famille. De tels moments de cinéma sont rares …

Vu le 21 février 2013, à la Salle Pathé François 1er, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

Par Tootpadu 28/03/2013

Beaucoup de musique et quelques répliques amusantes ne changent rien au fait que le premier film de Dustin Hoffman est avant tout une réflexion douce-amère sur la vieillesse. Contrairement à des films semblables infiniment plus durs et réalistes comme récemment Amour de Michael Haneke, la sagesse et les bons sentiments y prévalent. Malgré tout, le message essentiel de Quartet est que « devenir vieux n’est pas pour les mauviettes », pour citer l’incomparable Bette Davis qui cherchait l’attention des médias jusqu’à la fin, quand les attaques cérébrales et le cancer avaient ravagé sa beauté physique d’antan. Rien d’aussi cru n’est à signaler dans ce film plutôt gentillet, où tout le monde perd certes la tête de temps en temps, mais qui laisse les aspects déplaisants, voire dégoûtants de l’âge avancé hors champs. En plus, le cadre dans lequel les pensionnaires passent la dernière partie de leur vie est carrément paradisiaque, dépourvu de pénurie matérielle ou émotionnelle, avec seulement la déchéance du corps et de l’esprit et quelques divas égocentriques à affronter.
En effet, il n’y a rien de mieux que de vieillir à Beecham House parmi ses semblables. En accentuant cet esprit bon enfant de la communauté préservée, la narration réussit le grand écart entre un ton caustique britannique et une sensibilité plus américaine, conciliante et optimiste en toute circonstance. L’enjeu principal du film n’est guère de réunir les anciens amants et surtout pas de montrer cette finalité arbitraire de la réunion du quartet en action. Ce serait davantage de faire croire en l’utopie d’une vieillesse sereine, nullement imperméable aux ravages du temps, mais suffisamment épanouie pour ne pas tomber dans les regrets aigris. Aussi divertissant qu’inoffensif, ce message passe tout en douceur et – bien qu’il relève du conte – est tout à l’honneur de son réalisateur, une vedette internationale dont la cadence de films a ralenti, mais dont on a du mal à croire qu’elle est plus proche des 80 que des 70 ans.
Enfin, comme la plupart des comédiens qui sont passés tôt ou tard derrière la caméra, Dustin Hoffman fait preuve d’un talent plus remarquable en termes de direction d’acteurs que du côté d’un style cinématographique exceptionnel. Alors que le récit coule sans accroc mais sans signe distinctif formel non plus, ce sont notamment les interprétations de Maggie Smith et de Tom Courtenay qui subjuguent. Pendant que le dernier nous fait régulièrement penser à la noblesse du vieux James Stewart, qui, lui, avait tranquillement entamé sa retraite à cet âge-là, la grande dame du cinéma britannique nous gratifie une fois de plus d’un tour de force, comme peu de ses contemporains en sont capables encore.

Vu le 27 mars 2013, à la Salle Pathé François 1er, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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