Shooting Dogs

Shooting Dogs
Titre original:Shooting Dogs
Réalisateur:Michael Caton-Jones
Sortie:Cinéma
Durée:115 minutes
Date:08 mars 2006
Note:
En 1994, les casques bleus belges sont stationnés dans l'Ecole Technique Officielle de Kigali pour surveiller le maintien du traité de paix entre les Hutus et les Tutsis rwandais. Lorsque l'avion du président est abattu, les Hutus démarrent un génocide minutieusement préparé pour exterminer tous les Tutsis. A l'école, le vieux prêtre Christopher et le jeune enseignant Joe Connor accueillent autant de réfugiés qu'ils peuvent. Alors que le massacre se déchaîne à l'extérieur du périmètre dressé par les soldats de l'ONU, les Tutsis et les Européens dans l'école doivent se rendre à l'évidence cruelle qu'il n'y aura pas de solution pacifique à cette barbarie sanglante.

Critique de Tootpadu

L'horreur du génocide rwandais revient nous hanter à la suite de deux films excellents sortis l'année passée, le documentaire Après - Un voyage dans le Rwanda et la fiction inspirée de faits réels Hôtel Rwanda. Cette production britannique ressemble en effet de près au film de Terry George, dans sa quête perdue d'avance d'intégrer la barbarie la plus atroce dans le cadre d'un récit conventionnel. Les protagonistes ont beau être européens ici, et leur situation encore plus celle d'un observateur impuissant et hébété par ces événements choquants que la liberté relative de mouvement et d'action de Paul Rusesabagina, la trame narrative évolue au rythme des mêmes incidents marquants (premières exactions, l'éclat du génocide, le refuge sous la protection des casques bleus, l'évacuation des Européens, l'abandon par l'ONU suivi par le massacre généralisé). Toutefois, là où la resistance du personnage interprété par Don Cheadle était couronnée d'un succès, serait-il symbolique, les tentatives d'aide du prêtre et de l'enseignant s'avèrent être d'une vanité déprimante.
Shooting Dogs résiste en fait vaillamment à la tentation du conte inspirant, pour jeter davantage un coup d'oeil résigné sur ce dérèglement catastrophique des rapports humains, il y a seulement douze ans. Le désespoir s'installe progressivement dans la conscience des persécutés et des observateurs, tel un étau ou un compte à rebours qu'il est impossible d'arrêter. Face à la fin définitive du cul-de-sac qui arrive rapidement, au bout de quelques jours, les tentatives de fuite sont aussi tragiques (l'échappée) que déchirantes (la dernière eucharistie). Les quelques mesures d'organisation du chaos n'auront servi à rien pour empêcher la machine tueuse d'avancer implacablement. Ce qui n'enlève rien à l'humanité de cette prise de conscience de l'impuissance, notamment de la part des soldats de l'ONU. Car s'il y a bien des coupables, autres que la foule de Hutus déchaînée, ce sont ceux qui ont laissé faire ou qui ont entrepris une danse diplomatique embarrassante pour ne pas reconnaître le drame qui se passait pendant des mois au Rwanda.
Techniquement parlant, cette troisième collaboration entre l'acteur John Hurt et le réalisateur Michael Caton-Jones ne dessert en rien le fort potentiel émotionnel de l'histoire. D'une grande sobriété, le film évoque plus la cruauté des massacres qu'il ne la montre et il garde de même toujours une lucidité désenchantée dans les moments les plus aptes au chantage émotionnel des spectateurs. Enfin, John Hurt livre une prestation tout à fait remarquable qui respire pleinement l'humanité avec tous ses défauts et toutes ses qualités.
Le génocide du Rwanda ne cessera probablement jamais de nous interpeller. Survenu au plein milieu d'une décennie qui se voulait progressiste et pacifiste à tout prix, il a démontré avec une force accablante les limites de la nature humaine. Nous empêcher d'oublier les atrocités d'un passé très récent, assez peu ancien pour nous interroger personnellement sur ce que nous avons fait afin de rendre compte au moins de cette tragédie de l'humanité, c'est aussi le rôle du cinéma. Un rôle qu'il remplit bien, quoiqu'un peu tard, à travers ces désormais trois films excellents.

Vu le 20 mars 2006, à l'UGC Ciné Cité Les Halles, Salle 20, en VO

Note de Tootpadu: