Belle endormie (La)

Réalisé par Marco Bellocchio (2013)

Drame
Belle endormie (La)
Durée 115 minutes
Sortie 10/04/2013
Note 5/10

En février 2009, l’Italie toute entière vit au rythme de l’affaire Eluana Englaro, une femme dans le coma irréversible depuis dix-sept ans, que son père a décidé de laisser mourir. Le sénateur Uliano Beffardi redoute d’aller à Rome, où il devrait voter en urgence une loi qui interdira cette euthanasie. Sa fille Maria se rend avec des amies à Udine, où Eluana est hospitalisée, afin de prier pour elle et de montrer son opposition au dessein de son père. En même temps, le médecin Pallido tente par tous les moyens d’empêcher la toxicomane Rossa de se suicider. Et une actrice célèbre, qui veille depuis des années sa fille également dans un état végétatif, suit de près les étapes de cette affaire d’intérêt national.

La critique

Par Tootpadu 28/02/2013

L’Italie est plus que jamais en crise : désormais sans pape et sans un gouvernement opérationnel, ce pays vénérable semble vouloir précipiter ces derniers temps son déclin entamé il y a des siècles. La situation pourrait s’arranger au moins partiellement d’ici la sortie de La Belle endormie, espérons-le. Néanmoins, en choisissant un fait divers très récent comme toile de fond, le réalisateur Marco Bellocchio occupe une fois de plus avec une certaine bravoure la place de choix du chroniqueur acerbe d’une mentalité encroûtée. Entre les impératifs d’un monde politique vétuste et le fanatisme d’une religion catholique vécue avec un dévouement aveugle, les issues de secours pour sortir du dilemme existentiel dans lequel l’Italie stagne depuis trop longtemps paraissent définitivement bloquées. Hélas, ce n’est pas auprès d’un vieux maître comme Bellocchio – depuis cinquante ans dans le métier du cinéma italien, qui se moque de cet immobilisme autant qu’il s’en désole – qu’on subira un coup de fouet salutaire, en mesure de donner naissance à un nouveau souffle transalpin.
L’agonie de Eluana n’est en fait qu’un prétexte pour agencer le sort de trois, voire quatre groupes de personnages autour de cette question de vie ou de mort. Tandis que le sénateur et sa fille pieuse y sont confrontés directement, le rapport des deux autres intrigues parallèles à cet événement clef paraît moins évident, surtout celle du médecin urgentiste qui se sent soudainement responsable de la survie d’une patiente profondément dépressive. Chaque fois, les personnages se trouvent face au décès volontaire comme une façon définitive de se dérober à une vie qui n’apporte plus rien. Curieusement, la variété des situations ne contribue pas à faire le tour exhaustif d’une interrogation philosophique de plus en plus pressante, au fur et à mesure que la médecine trouve de nouveaux moyens pour faire végéter indéfiniment les moribonds.
Malgré toute sa force narrative, le récit pèche sur le point crucial de la cohésion entre ses différents fils, à l’image de Cloud Atlas, toute proportion d’échelle gardée. Comme dans l’épopée des Wachowski et de Tom Tykwer, les parties du film prises séparément savent impressionner, alors que la vue de l’ensemble ne produit guère une meilleure compréhension du problème abordé. Marco Bellocchio sait ainsi toujours composer quelques plans magnifiques et tirer des interprétations pleines de fureur de ses comédiens, tous parfaitement au service du détournement subtil de leurs rôles caricaturaux à première vue. Il n’arrive cependant pas à interroger en profondeur une société figée, ni à célébrer sa messe funéraire avec la même démesure baroque qui nous avait tant fait apprécier Il divo de Paolo Sorrentino.

Vu le 27 février 2013, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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