Flight

Réalisé par Robert Zemeckis (2013)

Drame
Flight
Durée 138 minutes
Sortie 13/02/2013
Note 6/10

Whip Whitaker est un pilote de ligne chevronné, qui sait habilement cacher son alcoolisme. Divorcé, il entretient une relation ouverte avec l’hôtesse de l’air Trina, à côté de laquelle il se réveille, encore complètement ivre, le matin du vol 227. Whip sait comment se rendre assez alerte pour prendre les commandes de l’avion et arrive à le piloter à travers les fortes turbulences d’un orage au décollage. Peu de temps avant l’arrivée, l’appareil tombe victime d’une panne mécanique grave, qui oblige Whip de le poser d’urgence sur un terrain vague, au bout de quelques manœuvres hardies en plein vol. La catastrophe de l’atterrissage se solde par seulement quelques morts et le pilote est célébré comme un héros. Mais le syndicat préfère engager l’avocat pénal Hugh Lang qui devra blanchir Whip de tout soupçon d’intoxication au moment des faits.

La critique

Par Tootpadu 05/02/2013

Grâce à ses trois films d’animation, la carrière de Robert Zemeckis semblait avoir irrémédiablement engagé un tournant vers la régression infantile ces dernières années. Cela n’avait rien d’étonnant de la part d’un réalisateur qui n’a jamais fait preuve d’une grande maturité, puisque son film le plus sérieux à ce jour était sans doute Contact ou comment expliquer l’existence d’extra-terrestres par un charabia spirituel très politiquement correct. Et reconnaissons que ses deux collaborations avec Tom Hanks, dans Forrest Gump et Seul au monde, nous ont paru très puériles par leur volonté exacerbée de faire gober au spectateur la biographie faussement intelligente d’un crétin ou de longs monologues avec une balle de volley. Bien plus tard que son mentor Steven Spielberg et son contemporain Ron Howard, Robert Zemeckis s’est enfin ravisé que le cinéma peut être autre chose qu’un terrain de jeu pour des gamins attardés qui ne veulent pas grandir. Pour exorciser son syndrome de Peter Pan, il nous livre donc son premier film adulte, à plus de soixante ans et au bout de quinze films. Toute cette attente aura au moins servi à peaufiner les moyens d’expression filmique d’un réalisateur, qui sait du coup rendre attrayante une énième histoire sur les pièges de l’alcoolisme.
Flight n’est ainsi pas tant un épisode démesuré et spectaculaire de l’émission « Dangers dans le ciel », mais plutôt le portrait presque nihiliste d’un héros qui doit cacher son pire vice. Son exploit de pilote prodigieux, en mesure de faire atterrir presque sain et sauf un avion en très mauvaise posture, aurait dû réserver à Whip Whitaker une reconnaissance triomphale. Or, le scénario ne fait pas de quartier à cette figure héroïque, laissée seule avec les démons d’une vie privée beaucoup moins brillante que son parcours de maître des cieux routinier. Cette approche impitoyable se distingue encore plus par l’absence d’une morale trop édifiante, qui ne montre sa vilaine tête qu’in extremis, avant le dernier virage fatidique qui aurait pu faire sombrer cet antihéros touchant dans le pire des mensonges. Alors que tout le monde est au courant du problème nullement anodin du protagoniste, personne ne cherche à réellement l’aider à le surmonter. Que ce soit par calcul, par naïveté, ou par faiblesse, l’entourage de Whip préfère ignorer lâchement la question qui fâche, plutôt que d’abattre le héros national à partir de ses pieds d’argile. Cette connivence peut prendre des formes absurdes, comme lorsque pour battre le mal de l’alcool les cols blancs irréprochables doivent faire appel aux services d’un dealer flamboyant. Mais même dans ces moments les plus jubilatoires, le récit ne perd jamais de vue la spirale infernale sur laquelle Whip descend consciemment.
L’interprétation de Denzel Washington, d’une véracité tragique qui résonne d’autant plus en nous qu’elle englobe à la fois l’aspect le plus hypocrite de sa personnalité – cet homme si sûr de lui qui se cache derrière ses lunettes de soleil et sa démarche virile chaque fois qu’il doit respecter un rendez-vous important – et sa vulnérabilité profonde, permet au film de ne point sombrer dans le drame social misérabiliste. Elle ouvre au contraire la voie à un récit riche et dirigé de main de maître par Robert Zemeckis, qui parle plus de l’ignorance mensongère de l’imperfection dans notre société perfectionniste et attachée au mythe du héros sans reproche, que de la tare de l’ombre qu’est l’alcoolisme. Ce n’est pas tant par manque de volonté que Whip peine tant à s’en libérer, qu’à cause de la tolérance intéressée d’un système qui tient plus à maintenir les apparences qu’à résoudre les vrais problèmes.

Vu le 4 février 2013, à la Salle UIP, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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