Piazza Fontana
Réalisé par Marco Tullio Giordana (2012)
| Durée | 127 minutes |
| Sortie | 28/11/2012 |
| Note | 6/10 |
Le 12 décembre 1969, la déflagration d’une bombe à la Banque Nationale de l’Agriculture à Milan fait dix-sept morts et près d’une centaine de blessés. Dans un climat de tension internationale accrue en ces temps de Guerre froide, le coupable est vite trouvé en la personne de Pietro Valpreda, un dissident romain de la cellule anarchiste locale. Mais le commissaire Luigi Calabresi de la brigade politique ne croit pas en cette version officielle. Avec l’aide de Giuseppe Pinelli, le meneur pacifiste des anarchistes milanais, il découvre que des mouvements d’extrême-droite, voire les services secrets italiens, pourraient être responsables de cet attentat sanglant.
La critique
Par Tootpadu 08/11/2012
Comme le portrait alambiqué et digne d’un opéra du président du conseil Giulio Andreotti, le dixième film de Marco Tullio Giordana multiplie les personnages et les pistes de réflexion. Au début, la bravoure narrative risque même de nous perdre dans cette jungle d’acteurs qui auront tous un rôle plus ou moins déterminant à jouer dans la solution d’une affaire douteuse. La concentration sur un seul et unique personnage principal n’intéresse ainsi pas plus le récit, d’une complexité foisonnante, que le rétablissement à l’américaine de nos certitudes quant au bon fonctionnement et à la justice des institutions. Certes, le commissaire Calabresi nous sert de repère dans cette structure narrative extrêmement morcelée, voire découpée un peu trop abusivement en chapitres. Mais ce n’est pas pour autant que la mise en scène nous incite à nous identifier de tout cœur avec lui, puisque lui non plus n’est pas sans faute dans ce fait historique jamais entièrement élucidé.
Car le but principal de ce film passionnant, qui n’atteint toutefois pas la maestria formelle du film de Sorrentino, n’est pas tant de dénoncer les dysfonctionnements de l’appareil politique et juridique en Italie, mais plutôt de nous y plonger corps et âme, tout en nous fournissant juste assez d’indices de compréhension pour ne pas y sombrer. Il y parvient grâce à un ton qui ne laisse pas son côté idéologique désabusé, ni une gravité prémonitoire excessive par rapport à l’avenir proche encore plus chaotique, prendre le dessus sur une reconstitution en tous points impressionnante d’une époque pas si lointaine que cela. En effet, les têtes des responsables ont beau avoir changé entre-temps et les différends ne sont plus trop réglés à coups de bombes dans les trains ou les points névralgiques de la vie urbaine, mais le marasme de connivence entre les forces réactionnaires de l’Etat et des milieux peu fréquentables perdure hélas de nos jours. Il va même jusqu’à se répandre aux fondements économiques de notre civilisation pour mieux saper sa légitimité et son impartialité.
Vu le 8 novembre 2012, à la Salle Pathé Lincoln, en VO