Au-delà des collines

Réalisé par Cristian Mungiu (2012)

Drame religieux
Au-delà des collines
Durée 152 minutes
Sortie 21/11/2012
Note 6/10

Après un séjour malheureux en Allemagne, Alina revient en Roumanie afin d’y retrouver Voichita, son amie intime depuis que les deux filles se sont rencontrées à l’orphelinat. Entre-temps, Voichita a cependant choisi d’intégrer un monastère orthodoxe dans les collines à l’écart de la ville, où elle habite humblement avec un pope et quelques nonnes. Alina l’y rejoint et souhaite repartir avec elle à l’étranger, afin de travailler ensemble sur un bateau. Quand son amie refuse de la suivre et d’abandonner sa foi, Alina se montre de plus en plus virulente, au point que la communauté religieuse la croit possédée.

La critique

Par Tootpadu 31/08/2012

Les deux formes d’amour dont il est question dans ce film roumain n’ont jamais été faciles à concilier. Entre le désir charnel et amical et la vocation plus pure d’une vie consacrée à Dieu se situe un gouffre qui devient de moins en moins franchissable, au fur et à mesure que les extrêmes prennent le dessus. Au début de cette histoire belle et austère se trouve encore la promesse d’un nouveau départ, de retrouvailles en guise de réconciliation qui permettront aux deux jeunes femmes au centre d’Au-delà des collines de se reconstruire ensemble et de renouer avec l’affection qui les unissait jadis. Qu’il n’en sera finalement rien, cela est dû à un enchaînement de mauvaises décisions, d’entêtements et de provocations gratuites, qui exacerbent une situation inextricable, au lieu de l’apaiser.
La souffrance à l’œuvre dans ce film romanesque est largement à mettre sur le compte de la mise en scène de Cristian Mungiu. Il en émane le même genre de réalité clinique et inextricable, neutre et pourtant profondément touchante, qui avait déjà distingué son film précédent, 4 mois, 3 semaines et 2 jours. Tout le bien que les personnages croient faire, soit pour maintenir l’unité de l’abbaye, soit pour raviver une flamme étouffée par un endoctrinement rigoureux, y est soumis au regard impassible d’une caméra, qui se contente d’enregistrer dans de longs plans guère contemplatifs cette folie collective. Car la facture de ce film fleuve n’est point inaccessible. Elle reste juste à l’écart de toute tentation de dramatiser excessivement le cercle vicieux dans lequel Alina et Voichita se sont engagées, comme cela aurait été fait dans un film d’horreur banal et superficiel sur un exorcisme qui aurait mal tourné.
L’effroi naît ici de l’absence de compromis dans un conflit qui touche à ce que l’individu a de plus sacré : sa croyance et la volonté de vivre selon les règles qui l’accompagnent d’un côté, et ses pulsions charnelles et le besoin d’aimer et d’être aimé concrètement de l’autre. Il n’y a ni miracle, ni absolution dans ce film exigeant et passionnant, juste le constat résigné que le printemps suivra tôt ou tard à un hiver rude et froid.

Vu le 31 août 2012, au Cinéma du Panthéon, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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