Paradis Foi

Réalisé par Ulrich Seidl (2013)

Interdit aux moins de 12 ans, Drame religieux
Paradis Foi
Durée 114 minutes
Sortie 24/04/2013
Note 6/10

Anna Maria est une catholique très pieuse. Pour résister à la tentation de la chair, elle se flagelle dans sa pièce de prière. Et pendant ses vacances d’été, elle sillonne les quartiers pauvres de la ville en compagnie d’une statue de la vierge, afin de convertir la population immigrée au christianisme. Sa vie entièrement vouée à la religion connaît un coup d’arrêt brutal, quand son mari Nabil revient soudainement s’installer chez elle. Elle voit cette visite impromptue comme une épreuve à traverser pour fortifier sa foi, alors que son conjoint infirme aimerait juste un peu d’affection.

La critique

Par Tootpadu 08/04/2013

La pièce centrale de la trilogie sur les chimères du bonheur par le réalisateur autrichien Ulrich Seidl est aussi peu une partie de plaisir que l’a été la première partie, sortie en début d’année. Alors que Paradis Amour mettait un point d’honneur à désacraliser complètement l’acte sexuel, au point de lui restituer sa nature bestiale, le fanatisme religieux du personnage principal de Paradis Foi le montre sous le jour nullement flatteur du péché capital. Aux yeux d’Anna Maria, la plus infime pulsion charnelle est un prétexte suffisant pour plonger dans une pénitence illuminée, à renouveler au moindre soupçon de convoitise de la chair. Bien sûr, et nous connaissons assez le point de vue malicieux de Ulrich Seidl au bout de quelques films pour ne plus nous en étonner, l’histoire de ce film sans concession va aller crescendo jusqu’à ce que les convictions de cette sainte nitouche cèdent avec fracas sous le poids d’un quotidien aucunement paradisiaque.
La première confrontation à la nudité des corps, sur le lieu de travail d’Anna Maria, peut encore faire sourire, tant le contexte médical ne se prête aux fantasmes que des esprits les plus frustrés dans leur sexualité. De toute façon, l’heure est aux vacances, ce qui ne rime pas avec détente pour l’héroïne vertueuse, qui passe ses journées solitaires à faire du porte-à-porte pour répandre la bonne nouvelle. Cette démarche missionnaire constitue la première étape de confrontation au monde réel, laid et méchant, qui ne se laisse pas peindre en blanc avec quelques prières, de l’eau bénite administrée à l’aide d’un vaporisateur de parfum, et des chansons édifiantes qu’Anna Maria chante chez elle pour s’encourager ou se donner bonne conscience, c’est au choix. Ces rencontres avec des inconnus, que la zélatrice spirituelle vient importuner chez eux, elles ne font qu’accroître encore son isolement social et psychologique. Ces pauvres brebis égarées qu’elle compte sauver grâce à ses paroles naïves, elles se moquent royalement de son message intégriste, si elles ne vont pas carrément la tenter sans vergogne comme l’alcoolique russe.
Toute cette misère spirituelle n’est cependant que de la plaisanterie comparée aux choses sérieuses qui ne tardent pas à s’abattre sur cette femme horriblement coincée. Sa foi est en effet mise à rude épreuve, par une partouze nocturne dans un parc à la vue de laquelle elle ne sait pas se soustraire, et surtout par la présence gênante de l’autre, ce mari d’une vie passée malheureuse que toutes ses pudibonderies présentes sont censées racheter. Au lieu de se comporter en âme charitable auprès de cet homme handicapé et dépendant d’elle, Anna Maria montre le vrai visage hypocrite d’une religion catholique que nous considérons depuis longtemps comme une cause perdue d’avance. La violence émotionnelle avec laquelle elle traite Nabil, ses propos ahurissants qui se réjouissent de la paralysie de ce dernier parce qu’elle aurait permis son rapprochement vers Dieu, et plus globalement son absence choquante d’altruisme concret : les chefs d’accusation moraux qu’on pourrait émettre à l’égard de cette femme monstrueuse sont nombreux.
Pourtant, sa chute jusqu’à la défiance à l’égard de ses symboles pharisiens ne se traduit point par un coup libérateur. A l’image de Téresa et son fiasco africain, Anna Maria n’aura droit à aucune absolution. Juste à un mari aussi infect qu’elle et une religion stérile, qui ne lui apportera plus aucune satisfaction profonde. Autant écrire que Ulrich Seidl ne ménage pas notre sensibilité avec ce conte pessimiste et d’une noirceur iconoclaste difficilement supportable.

Vu le 8 avril 2013, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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