Doute
Réalisé par John Patrick Shanley (2009)
| Durée | 104 minutes |
| Sortie | 11/02/2009 |
| Note | 6/10 |
En 1964, Soeur Aloysius dirige avec une main de fer l'école catholique dans le Bronx, dont elle a la charge. Alertée par Soeur James, naïve et jeune, sur un éventuel égarement de conduite du prêtre Flynn avec Donald Miller, le premier élève noir de l'école, Soeur Aloysius met tout en oeuvre pour se débarrasser du curé compromettant. La directrice est tellement convaincue de sa superiorité morale et de la culpabilité de Flynn, qu'elle n'est prête à entendre ni la défense du prêtre charismatique, qui pratique une démarche religieuse moderne et tournée vers les fidèles, ni les objections de Soeur James et de la mère du garçon.
La critique
Par Tootpadu 22/02/2009
A partir de sa pièce de théâtre, qui ne manque pas de rappeler "Les Sorcières de Salem" d'Arthur Miller, John Patrick Shanley explore avec une sobriété qui tire vers l'austérité les méandres d'une conviction aveugle. Cette intolérance destructrice prend des formes diverses, au point de révéler des imperfections pernicieuses chez les quatre personnages principaux. De ne pas pouvoir nous identifier pleinement à un des partis dans cette affaire déplaisante constitue alors pour nous la plus délicieuse stimulation intellectuelle et morale, et en même temps, la plus grande frustration du film, en dehors de la trop importante sagesse de sa narration.
Avant d'être un traité sans solution miracle sur l'impossibilité du jugement moral, Doute est une formidable vitrine d'interprétations imposantes. Outre Meryl Streep et Amy Adams qui approfondissent avec maestria leurs créneaux respectifs de la méchante acariâtre et de l'innocente influençable, ce sont surtout Philip Seymour Hoffman et Viola Davis qui excellent dans leurs rôles. Après avoir traversé au fil de sa carrière pratiquement tout le spectre des personnages à sa portée, Philip Seymour Hoffman nous livre ici une prestation dont l'ambiguïté à la fois inquiétante et attachante englobe tout le dilemme existentiel du film. Quant à Viola Davis, quelques minutes lui suffisent pour camper une mère déchirante dans son combat perdu d'avance contre les tares sociales apparentes qu'elle et son fils cumulent, à une époque à peine plus cruelle et bornée que celle d'aujourd'hui.
Vu le 22 février 2009, au MK2 Bibliothèque, Salle 8, en VO