Cardinal (Le)
Réalisé par Otto Preminger (1963)
| Durée | 175 minutes |
| Sortie | 20/12/1963 |
| Note | 6/10 |
Alors que l’évêque américain Stephen Fermoyle se prépare à Rome pour son ordination de cardinal, il se souvient de sa vie mouvementée qui l’a mené jusqu’à cette promotion suprême. De ses études à Rome et de son premier poste en tant que vicaire dans sa ville natale de Boston, en passant par les épreuves qu’il a dû traverser pour fortifier sa foi, comme le souhait de sa sœur Mona d’épouser un juif ou les manœuvres de séduction de son élève Annemarie pendant une année sabbatique passée à Vienne, jusqu’à ce nouveau défi qu’est la montée du nazisme et le rôle que l’église catholique devra y jouer, en s’y soumettant ou en s’y opposant.
La critique
Par Tootpadu 09/09/2012
Car Otto Preminger est heureusement un réalisateur à l’état d’esprit bien trop cynique pour faire de cette adaptation d’un best-seller un monument cinématographique à la gloire de l’église catholique. Il s’emploie au contraire à montrer au fil d’un large éventail d’événements à quel point l’institution religieuse est une bureaucratie pesante, où l’ambition prime toujours sur l’amour de son prochain. La critique sournoise de l’idéalisme chrétien transite par le personnage principal, un hypocrite affreux qui prétend faire la volonté de Dieu, mais que l’on voit en réalité poursuivre sans relâche une carrière brillante au sein de l’hiérarchie ecclésiastique. Les points de repère au sein d’un récit aussi long que fascinant ne sont ainsi point ses actes d’altruisme ou les moments où la grâce divine le toucherait. La seule chose qui semble réellement importer au monseigneur Fermoyle, c’est son avancement vers le poste de cardinal, en dépit des contretemps que l’Histoire de l’entre-deux-guerres lui réserve.
Comme pour mieux enfoncer le clou de l’opportunisme de ce protagoniste qui n’a en fait rien d’un héros spirituel sans reproche, la narration ne montre pratiquement aucune de ses bonnes actions, tout en insistant à chaque fois sur ces tragédies, où sa foi l’oblige à faire un choix au résultat néfaste. La paroisse du vieux prêtre mourant devra être fermée, soit, tant que les scrupules liturgiques de Fermoyle peuvent être balayés avec une promotion au poste de secrétaire de l’évêque. Le jeune diplomate du Vatican veut se faire un nom en combattant la ségrégation dans son pays, d’accord, mais cette mise en avant de valeurs clairement plus américaines que catholiques devra être encadrée de longues séquences de pourparlers stériles et d’une promotion supplémentaire pour ce bellâtre, que nous ne voyons pratiquement jamais mettre les mains dans le cambouis d’une lutte renouvelée chaque jour pour le salut des âmes.
En somme, derrière sa façade d’une fresque historique fastueuse, ceci est une formidable parabole sur l’impuissance de l’individu face aux arcanes du fonctionnement de l’institution poussiéreuse qu’est l’église catholique, voire sur l’impuissance tout court. En paradant pendant trois heures un acteur à l’aura aussi peu charismatique et éthérée que Tom Tryon, au détriment d’une légion de seconds rôles plus vivants que lui, il commet en toute subtilité l’ultime crime de lèse-majesté : celui de supposer que le clergé ne consiste dans les hautes sphères qu’en des hommes à l’ambition démesurée, coupés du monde et, pire encore, de leur propre humanité.
Revu le 9 septembre 2012, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO