Half Nelson

Réalisé par Ryan Fleck (2007)

Drame social
Half Nelson
Durée 107 minutes
Sortie 18/07/2007
Note 6/10

Dan Dunne enseigne l'Histoire dans un lycée public de Brooklyn. Il entraîne également l'équipe de basket féminine. Dépendant du crack, il est surpris un soir en fumant dans les toilettes de l'école par son élève Drey. Le frère de Drey est en prison pour avoir vendu de la drogue et Frank, un dealer du quartier, s'occupe d'elle, dans l'espoir de la faire travailler un jour pour lui. Entre la jeune fille et son prof naît alors une relation qui dépasse le simple cadre scolaire.

La critique

Par Tootpadu 10/08/2007

Half Nelson est tout le contraire d'Ecrire pour exister, jamais édifiant et jamais plaisant à regarder. Son point de vue sur les déboires d'un jeune prof n'est pas pour autant moins fascinant. Au contraire, il permet des zones d'ombre inconcevables dans le beau monde volontariste d'Erin Gruwell.
Le mouvement de fuite dans lequel s'est engagé Dan Dunne depuis longtemps ne dévoile que lentement toutes ses facettes. Le scénario délicat d'Anna Boden et Ryan Fleck ne cherche ni à expliquer, ni à justifier son comportement. Cependant, les indices s'accumulent avec le temps et l'existence sans but et sans point d'attache réel de Dunne subit une mise en perspective plutôt astucieuse à travers les événements historiques qu'il enseigne. Ces rappels d'une Histoire proche, qui paraît néanmoins lointaine en vue des jeunes élèves, évoquent en quelque sorte le passé idéologique duquel s'est peut-être nourri l'enseignant dans sa jeunesse. Une hypothèse qui est appuyée par la réunion familiale, qui laisse entrevoir le bagage contestataire des parents de Dunne. Toutefois, l'état de flottement du personnage principal, induit par la consommation régulière de drogues, l'empêche d'adhérer encore de façon concrète à ces idéaux d'une autre époque.
Il ne lui reste alors plus que des sursauts maladroits (la confrontation avec Frank) et un manque de sérieux, qui cache mal sa mélancolie d'être conscient des forces qui gouvernent notre société et contre lesquelles il se sait profondément impuissant. Ce n'est certainement pas un héros, mais plutôt le reflet d'un grand bébé, comme le dit à un moment son ex, qui préfère être obnubilé par la drogue, au lieu d'une action et d'une prise de position en accord avec ses capacités intellectuelles.
En face, la jeune fille, précoce dans ses jugements et son attitude envers un monde qui ne lui promet rien de bon, est un personnage tout aussi atypique. Elle a gardé un sourire de gamine, mais elle rentre déjà de plein pied dans le monde des adultes, avec son argent facile, gagné grâce au crime. Et puis, la rencontre entre ces deux êtres méfiants et gourmands du confort de leur solitude ne se passe pas non plus selon des schémas préétablis.
L'accomplissement de ce film indépendant, tourné pour trois fois rien dans un style visuel improvisé, à la caméra tout à fait instable, se trouve bien là : dans le détournement adroit des pièges de l'école, de la drogue et de l'adolescence avortée ou attardée, pour dévoiler doucement, mais fermement, une humanité précaire.

Vu le 10 août 2007, à l'UGC Ciné Cité Les Halles, Salle 14, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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