Shahada
Réalisé par Burhan Qurbani (2011)
| Durée | 92 minutes |
| Sortie | 26/01/2011 |
| Note | 7/10 |
Maryam, la fille de l’imam d’une mosquée à Berlin, a dû avorter clandestinement. Les séquelles physiques de l’intervention lui paraissent alors comme une punition divine pour le style de vie occidental qu’elle avait adopté auparavant. Sammi, d’origine nigérienne, est un jeune musulman pratiquant, qui ne sait pas comment concilier sa foi avec son attirance pour son collègue Daniel. Ismail travaille pour la police d’immigration et retrouve lors d’un contrôle de routine la femme responsable de l’état fragile de son couple.
La critique
Par Tootpadu 20/12/2010
Les trois personnages, qui évoluent séparément au fil d’une intrigue menée avec une délicatesse et une précision sur lesquelles des films plus démagogues et à la charge sociale aussi prépondérante, comme Collision de Paul Haggis, feraient bien de prendre exemple, sont confrontés à des choix de vie d’ordre moral. La dimension spirituelle de l’interruption de grossesse, d’une homosexualité assumée, ou d’une liaison extra-conjugale ne dépasse en effet pas les limites millénaires de la contradiction entre la vertu religieuse et l’impossibilité inhérente à l’âme humaine d’atteindre cet idéal. Une notion de culpabilité inextricable s’immisce dans le parcours de chacun des personnages, à laquelle ces derniers réagissent avec une fermeté variable. Tandis que Maryam adopte un extrémisme dont les aspects les plus radicaux accentuent encore sa honte d’avoir été une jeune femme moderne et que Sammi sait ce qu’il éprouve au fond de lui-même sans pour autant avoir le courage de le vivre sans équivoque, Ismail cherche à exorciser son traumatisme en refaisant les mêmes erreurs que dans le passé. Ces existences à fleur de peau n’atteignent guère leur havre de paix respectif pendant le film. Mais leur cheminement, écarté en permanence entre des vestiges de leurs origines traditionnelles et une situation de vie pragmatique, voire brute, ouvre de nombreuses pistes de réflexion sur une immigration pour la réussite durable de laquelle il faut se battre jour après jour.
Le sujet n’est pas le seul aspect costaud de ce film passionnant. La mise en scène de Burhan Qurbani fait fi de l’austérité formelle, qui aurait pu convenir au contexte hivernal de son film, pour lui imprégner sa vision personnelle. La composition élaborée du cadre, souvent en rapport avec des cloisonnements qui renforcent la sensation d’étouffement des personnages obligés de raser les murs pour ne pas faire de vagues dans les deux mondes qu’ils fréquentent, en fait autant partie qu’un travail assez poussé sur la bande son. Quelques échappées fantastiques du côté de Maryam suffisent alors pour faire de Shahada non pas le portrait réaliste d’une jeunesse allemande en mal de repères, mais un conte intriguant, vu à travers les yeux d’un jeune réalisateur plus que prometteur, sur la difficulté sans fin d’accorder ce que nous sommes avec ce que nous aimerions être ou ce que notre entourage nous impose d’être.
Vu le 14 décembre 2010, au Club Marbeuf, en VO