Des enfants gâtés

Réalisé par Bertrand Tavernier (1977)

Drame social
Des enfants gâtés
Durée 114 minutes
Sortie 07/09/1977
Note 5/10

Le réalisateur Bernard Rougerie s’installe dans un appartement, afin d’y pouvoir écrire le scénario de son nouveau film en toute tranquillité, loin de ses obligations familiales et professionnelles. Son calme est cependant vite perturbé par les membres d’une association pour la défense des locataires, qui font du porte-à-porte pour mobiliser le voisinage contre les méthodes douteuses du propriétaire. Bloqué dans son processus d’écriture, Rougerie se joint finalement à leurs revendications sociales, tout en tombant sous le charme de sa voisine Anne Torrini, une documentaliste au chômage.

La critique

Par Tootpadu 02/04/2013

La crise du logement, nous ne la subissons qu’à petit feu. Nous vivons certes dans un studio minuscule, mais la stabilité exceptionnelle du loyer et l’espoir de pouvoir un jour prétendre à un logement social plus grand, nous font dire qu’on aurait pu être en plus mauvaise posture. Car se loger à Paris a visiblement toujours été un énorme casse-tête, comme le montre ce film des débuts de la carrière de Bertrand Tavernier dans les années 1970. A cette époque-là, avant que la Ve République ne connaisse sa première impulsion socialiste, la situation était largement favorable aux propriétaires, qui dictaient leur loi sans avoir à craindre les répressions d’un pouvoir public alors acquis à la cause capitaliste. En tant que document sur les balbutiements d’un mouvement contestataire dans ce domaine crucial pour la quiétude quotidienne, Des enfants gâtés remplit plutôt son contrat.
Le problème, c’est qu’il ne se contente pas de mettre en avant ce seul fléau social, mais qu’il cultive en même temps l’art de la digression comme peu de films que nous avons vus jusqu’à présent ! Le chômage, l’enfance traumatisée, l’adultère, les difficultés d’une activité artistique, le contexte économique peu favorable qui conduit à la misère sociale : ce film est un véritable fourre-tout des sujets auxquels son réalisateur s’intéresse. De ce point de vue kaléidoscopique naît certes une certaine vivacité du côté du ton. Il en résulte par contre également l’absence d’une ligne narrative claire, qui nous déstabilise plus qu’elle n’interroge nos habitudes de réception des récits.
Extrêmement inégal, le film fonctionne donc dans le meilleur des cas en tant que patchwork approximatif des préoccupations d’un réalisateur qu’on a déjà connu plus déterminé. Il nous donne aussi l’occasion d’observer toute une génération de futurs acteurs comiques (Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte, Christian Clavier) dans des rôles très sobres, ainsi que d’apprécier la féminité à la fois fragile et intrépide de Christine Pascal. Son interprétation à fleur de peau est à l’image du film, c’est-à-dire indécise entre les larmes et le rire, entre la résignation et une volonté féroce de se battre contre les iniquités sociales.

Vu le 1er avril 2013, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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