Maudite pluie
Réalisé par Satish Manwar (2011)
| Durée | 99 minutes |
| Sortie | 01/06/2011 |
| Note | 6/10 |
Quand le petit Dinu découvre le corps de son oncle, qui s’est pendu à cause des dettes accablantes qui poussent tous les fermiers de la région du Maharashtra au désespoir, sa mère Kisna est prise d’une vive inquiétude pour son père Patil, susceptible de commettre le même acte irréversible. Pour empêcher son mari de se suicider, elle mobilise son fils et sa belle-mère, qui doivent pas laisser une seule seconde le paysan dépressif sans surveillance. Ce dernier s’applique néanmoins à préparer la récolte, qui sera une fois de plus catastrophique s’il ne pleut pas au moment opportun.
La critique
Par Tootpadu 06/06/2011
L’histoire de Maudite pluie se serait très facilement prêté à une tragédie misérabiliste, où les conditions extérieures auraient pu avoir raison d’un modèle économique et de l’exploitation des terres appelé à disparaître. Il ne suffit pas que les paysans soient pauvres et à la merci de grossistes cruels, ils doivent en plus supporter les dérives d’un changement climatique, que la mise en scène adroite de Satish Manwar a la sagesse de ne traiter qu’accessoirement. Tous les éléments étaient en effet réunis pour faire de ce film le point de départ d’un néoréalisme à l’indienne, avec tout ce que cela implique en termes de fanfaronnade formelle et de dépendance d’une référence occidentale supplémentaire.
Heureusement, la narration a su éviter ce piège trop facile pour opter au contraire pour une approche douce-amère, qui s’inspire à son tour, mais avec modération, de la comédie à l’italienne. De la situation de départ tristounette naît alors un récit au ton délicat, qui alterne entre les signes annonciateurs d’une morte certaine – d’origine accidentelle, due à la famine, ou par autodestruction, peu importe – et la mise en place d’une sorte de brigade désespérée contre le suicide, dont les failles en disent plus long sur l’impuissance de prévenir réellement un tel drame humain que tous les discours psychologiques réunis. Il existe certes une ou deux chansons en voix off dans ce beau film mélancolique, mais cette concession à la tradition du cinéma indien n’atténue guère son constat social consternant.
Vu le 25 mai 2011, à la Salle Pathé Lincoln, en VO