Air doll
Réalisé par Hirokazu Kore-Eda (2010)
Drame fantastique
| Durée | 116 minutes |
| Sortie | 16/06/2010 |
| Note | 7/10 |
La poupée gonflable Nozomi tient compagnie à son propriétaire Hideo, qui la traite comme sa femme. Un jour, elle prend vie et se rend compte qu'elle a un coeur. A l'insu de Hideo, elle s'absente pendant la journée pour découvrir ce nouveau monde qui s'ouvre à elle. Intriguée par un vidéo club, elle s'y fait employer et se lie d'amitié avec son collègue Junichi, qui lui confie qu'il se sent aussi creux qu'elle.
La critique
Par Tootpadu 07/05/2010
Dans le rayon des histoires plus ou moins salaces sur des poupées gonflables, Monique de Valérie Guignabodet avait ouvert le bal il y a déjà huit ans, avant que Craig Gillespie ne reprenne récemment le flambeau avec Une fiancée pas comme les autres. Cet objet sans vie, qui est un substitut à la fois facile et honteux pour l'attachement envers un être vivant, ne lâche visiblement pas l'imagination des scénaristes, puisque le réalisateur japonais Kore-eda Hirokazu le prend comme pivot de son adaptation d'un roman graphique de Gouda Yoshiee. Dans le cas présent, ce ne sont pas les réactions de l'entourage du propriétaire présumé pervers face à cette drôle de compagne qui importent, mais plutôt le regard de la poupée elle-même, empreint d'une certaine naïveté qui renvoie un aperçu poétique de la vie dans les grandes villes.
Air doll relève certes du conte. Mais comme tout récit féerique qui se respecte - avant qu'il ne soit aseptisé pour plaire à tout le monde et qu'il ne veuille plus rien dire par la suite -, le rire et les larmes y existent en parfaite harmonie, pour conclure sur le sentiment d'une mélancolie douce-amère qui ne gomme nullement les imperfections de la vie. Au contraire, la solitude et l'anonymat citadins dans lesquels évoluent les personnages sans discontinuer, où la seule interaction sociale consiste en une humiliation parce qu'ils ne savent pas suivre le rythme effréné de la course à la productivité ou à la beauté superficielle, servent même de fil rouge à l'odyssée de Nozomi. Il n'est décidément pas facile de se retrouver, voire de trouver son bonheur, dans ce monde peuplé de gens malheureux, qui profitent de l'intimité de leur isolation pour se goinfrer, appliquer toutes sortes d'élixirs miracles pour endiguer les effets visibles du vieillissement, ou encore se masturber sur des photos de dessous de serveuses. Pourtant, depuis son point de vue sexuellement désabusé, mais autrement d'une innocence qui fend le coeur, la poupée gonflable arrive à voir le bien, là où l'expérience de l'adulte ne constaterait plus qu'une banalité sans intérêt particulier.
C'est ce mélange organique et lucide entre la prise en compte d'une réalité cruelle, où tout devient remplaçable et interchangeable, et la découverte sans préjugés de l'essence même du monde qui nous entoure, qui nous a particulièrement subjugués dans ce film. Kore-eda Hirokazu ne se permet aucune échappée poétique pour atténuer la misère émotionnelle et l'impasse existentielle qui pèsent sur ses personnages, à l'exception notable de la séquence du vol des akènes de pissenlit. La vie et la mort, ainsi que l'anéantissement et l'éclosion éphémères dans la sphère sociale, coexistent dans une symbiose quasiment parfaite au sein de cet univers urbain, où l'apparition de la bonne fée ne se termine pas au paradis sur terre, mais sur une décharge superbement arrangée avec des fleurs, des bouteilles vides, et des pommes.
Air doll relève certes du conte. Mais comme tout récit féerique qui se respecte - avant qu'il ne soit aseptisé pour plaire à tout le monde et qu'il ne veuille plus rien dire par la suite -, le rire et les larmes y existent en parfaite harmonie, pour conclure sur le sentiment d'une mélancolie douce-amère qui ne gomme nullement les imperfections de la vie. Au contraire, la solitude et l'anonymat citadins dans lesquels évoluent les personnages sans discontinuer, où la seule interaction sociale consiste en une humiliation parce qu'ils ne savent pas suivre le rythme effréné de la course à la productivité ou à la beauté superficielle, servent même de fil rouge à l'odyssée de Nozomi. Il n'est décidément pas facile de se retrouver, voire de trouver son bonheur, dans ce monde peuplé de gens malheureux, qui profitent de l'intimité de leur isolation pour se goinfrer, appliquer toutes sortes d'élixirs miracles pour endiguer les effets visibles du vieillissement, ou encore se masturber sur des photos de dessous de serveuses. Pourtant, depuis son point de vue sexuellement désabusé, mais autrement d'une innocence qui fend le coeur, la poupée gonflable arrive à voir le bien, là où l'expérience de l'adulte ne constaterait plus qu'une banalité sans intérêt particulier.
C'est ce mélange organique et lucide entre la prise en compte d'une réalité cruelle, où tout devient remplaçable et interchangeable, et la découverte sans préjugés de l'essence même du monde qui nous entoure, qui nous a particulièrement subjugués dans ce film. Kore-eda Hirokazu ne se permet aucune échappée poétique pour atténuer la misère émotionnelle et l'impasse existentielle qui pèsent sur ses personnages, à l'exception notable de la séquence du vol des akènes de pissenlit. La vie et la mort, ainsi que l'anéantissement et l'éclosion éphémères dans la sphère sociale, coexistent dans une symbiose quasiment parfaite au sein de cet univers urbain, où l'apparition de la bonne fée ne se termine pas au paradis sur terre, mais sur une décharge superbement arrangée avec des fleurs, des bouteilles vides, et des pommes.
Vu le 6 mai 2010, à la Salle Pathé Lincoln, en VO
★★★★★★★☆☆☆
7/10