Yella

Réalisé par Christian Petzold (2009)

Drame
Yella
Durée 89 minutes
Sortie 22/04/2009
Note 6/10

Yella est contente d'avoir trouvé un emploi de comptable dans une entreprise de l'Allemagne de l'Ouest, près de Hannovre. Elle espère pouvoir ainsi laisser derrière elle sa ville natale de Wittenberge, à l'Est, et surtout mettre de la distance entre elle et son ex-mari Ben. L'entreprise de climatisation que le couple avait fondée est en effet au bord de la faillite et Ben reproche à Yella de l'avoir quitté à cause de cette impasse financière. Il va même jusqu'à la harceler, dès qu'elle rentre au village, et lui propose de l'accompagner à la gare d'où elle doit prendre le train qui l'emmenera vers une nouvelle vie.

La critique

Par Tootpadu 12/03/2009

Ce film allemand, récompensé par le prix d'interprétation féminine au festival de Berlin d'il y a deux ans, a beau dater d'avant la crise économique, qui préoccupe tant l'actualité depuis quelques mois, il n'en reproduit pas moins l'état d'esprit d'une manière fort probante. Le personnage principal y avance à vue de nez, dans un mouvement perpétuel de perte des certitudes. Le malaise qui s'installe dès le départ - lorsque Ben poursuit Yella pour lui signifier à quel point elle lui manque, alors qu'elle lui indique sèchement qu'elle préfère garder ses distances -, ne se dissipe jamais tout à fait. Il est certes perturbé à intervalles réguliers par des revirements surprenants. Mais dans l'ensemble, il devient assez vite clair que Yella s'engage sur une spirale descendante, depuis laquelle la rédemption est de plus en plus difficile à atteindre.
Le portrait que Christian Petzold dresse de la haute finance, avant même que celle-ci ne s'auto-détruise dans le crash boursier qui a commencé à l'automne passé, n'a rien de reluisant. D'abord l'outil des puissants en perte de vitesse, qui ne voient en elle qu'une opportunité pour des activités douteuses, Yella commence rapidement à se prendre au jeu, jusqu'à le mener avec la voracité qui distingue les prédateurs de notre ordre socio-économique. L'argent plus ou moins sale passe alors d'une main à l'autre et avec lui le peu de respectabilité que l'on peut encore se permettre dans le monde impitoyable des affaires et du commerce avec l'échec des autres.
La construction scénaristique est des plus astucieuses. Elle nous réserve une suite soutenue de surprises convenablement crédibles et éveille par la même occasion et sans partage notre curiosité. Hélas, cet édifice narratif s'écroule avec fracas, ou plutôt sombre littéralement, lors de la conclusion décevante. Quelle bête a bien pu piquer Christian Petzold, pour qu'il se prenne subitement pour le M. Night Shyamalan allemand, alors que son récit aurait parfaitement pu se conclure d'une façon plus en phase avec le commentaire social cinglant qui était si consciencieusement élaboré auparavant ?!
En dépit de cet arrière-goût déplaisant, Yella se démarque par sa mise en scène rigoureuse et par des interprétations tout aussi solides, Nina Hoss en tête.

Vu le 11 mars 2009, au Club Publicis, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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