Day he arrives (The)
Réalisé par Hong Sang-soo (2012)
Drame
| Durée | 79 minutes |
| Sortie | 16/05/2012 |
| Note | 6/10 |
Le réalisateur Seongjun, parti en province pour enseigner, revient à Séoul, afin de rendre visite à son meilleur ami Youngho. Puisque ce dernier n’est pas chez lui au moment de son arrivée, Seongjun déambule dans le quartier, croisant de vieilles connaissances et sympathisant avec un groupe d’étudiants qui l’invite à boire. Passablement éméché, il fait irruption en pleine nuit chez son ancienne maîtresse Kyungjin, qui lui rappelle le bon vieux temps.
La critique
Par Tootpadu 12/05/2012
Le réalisateur coréen Hong Sang-soo devient de plus en plus l’homme d’un seul film. Cela ne signifie nullement qu’il ait réussi un coup de maître à côté duquel le reste de son œuvre pâlit, mais que, depuis au moins deux ou trois ans, il s’installe dans un univers personnel, dont il ne nous présente désormais que des variations. Toujours aussi réceptif au monde qu’il fréquente, peuplé d’hommes et de femmes qui vivent tant bien que mal de leur art, le cinéaste a focalisé cette attention envers les siens sur une démarche presque autobiographique. Alors que ses protagonistes pouvaient être des peintres ou des acteurs dans ses films précédents, il se contente à présent de conter les déboires amicaux et sentimentaux d’un réalisateur à la renommée confidentielle et en mal de travail.
Il existe deux extrêmes dans ce parcours créatif, qui célèbre la répétition au lieu de chercher à chaque film un effet de nouveauté. Les réalisateurs qui ne jurent que par la première option disposent bien entendu d’une touche personnelle instantanément reconnaissable, qui permet de classer leurs films, tout en les intégrant dans la lente évolution des préoccupations personnelles et artistiques. A un rythme de production élevé et d’une régularité à toute épreuve, Woody Allen excelle dans ces retours incessants sur ses propres obsessions envers la gente féminine et ses complexes d’intellectuel plus ou moins fortement imprégné de la culture juive, là où un confrère autrefois prometteur comme Hal Hartley s’est rapidement auto-asphyxié, au point de perdre les faveurs d’une critique qui saluait son originalité au début de sa carrière.
Dans le cas de Hong Sang-soo, il est peut-être encore trop tôt pour s’exprimer définitivement sur sa place au sein d’un cinéma asiatique, lui aussi soumis aux fluctuations quantitatives et qualitatives qui accablent les cinématographies « émergentes » – d’un point de vue occidental avec tout ce que cela implique hélas de condescendance post-coloniale –, parce qu’elles ne jouissent pas d’une exposition internationale aussi perfectionnée que celle des films hollywoodiens et, dans une moindre mesure, français. Il n’empêche que The Day he arrives se démarque par le même charme ironique que ses histoires antérieures, qui consistent essentiellement en une suite au rythme enjoué de rencontres apparemment anodines. L’accomplissement du réalisateur se trouve alors du côté de l’acuité du trait, pleinement capable de nous faire ressentir les doutes existentiels de ses personnages, qui aiment se compliquer la vie, tout en nous montrant sans aplomb que le quotidien est fait de hasards et de rencontres fortuites hautement enrichissants.
Pour l’instant, il n’y a donc pas de quoi s’inquiéter pour ce réalisateur confirmé, qui compte même parmi les rares valeurs sûres du cinéma coréen en ce moment. L’aspect formel de son dernier film s’inspire certes un peu trop de la Nouvelle Vague, avec son noir et blanc soigné et ses zooms récurrents, mais une fois de plus, c’est le contenu doucement dubitatif, quant au sens de la vie et des velléités artistiques, qui prime sur le cadre d’une simplicité assumée.
Il existe deux extrêmes dans ce parcours créatif, qui célèbre la répétition au lieu de chercher à chaque film un effet de nouveauté. Les réalisateurs qui ne jurent que par la première option disposent bien entendu d’une touche personnelle instantanément reconnaissable, qui permet de classer leurs films, tout en les intégrant dans la lente évolution des préoccupations personnelles et artistiques. A un rythme de production élevé et d’une régularité à toute épreuve, Woody Allen excelle dans ces retours incessants sur ses propres obsessions envers la gente féminine et ses complexes d’intellectuel plus ou moins fortement imprégné de la culture juive, là où un confrère autrefois prometteur comme Hal Hartley s’est rapidement auto-asphyxié, au point de perdre les faveurs d’une critique qui saluait son originalité au début de sa carrière.
Dans le cas de Hong Sang-soo, il est peut-être encore trop tôt pour s’exprimer définitivement sur sa place au sein d’un cinéma asiatique, lui aussi soumis aux fluctuations quantitatives et qualitatives qui accablent les cinématographies « émergentes » – d’un point de vue occidental avec tout ce que cela implique hélas de condescendance post-coloniale –, parce qu’elles ne jouissent pas d’une exposition internationale aussi perfectionnée que celle des films hollywoodiens et, dans une moindre mesure, français. Il n’empêche que The Day he arrives se démarque par le même charme ironique que ses histoires antérieures, qui consistent essentiellement en une suite au rythme enjoué de rencontres apparemment anodines. L’accomplissement du réalisateur se trouve alors du côté de l’acuité du trait, pleinement capable de nous faire ressentir les doutes existentiels de ses personnages, qui aiment se compliquer la vie, tout en nous montrant sans aplomb que le quotidien est fait de hasards et de rencontres fortuites hautement enrichissants.
Pour l’instant, il n’y a donc pas de quoi s’inquiéter pour ce réalisateur confirmé, qui compte même parmi les rares valeurs sûres du cinéma coréen en ce moment. L’aspect formel de son dernier film s’inspire certes un peu trop de la Nouvelle Vague, avec son noir et blanc soigné et ses zooms récurrents, mais une fois de plus, c’est le contenu doucement dubitatif, quant au sens de la vie et des velléités artistiques, qui prime sur le cadre d’une simplicité assumée.
Vu le 3 mai 2012, au Club Marbeuf, en VO
★★★★★★☆☆☆☆
6/10