Fil (Le)

Réalisé par Mehdi Ben Attia (2010)

Drame
Fil (Le)
Durée 94 minutes
Sortie 12/05/2010
Note 6/10

Quand il rentre en Tunisie, quelques mois après la mort de son père, l'architecte Malik ne souhaite plus vivre en cachette son homosexualité. Sa mère Sara, chez laquelle il s'installe, ne préfère rien voir, ni savoir. Au fil des semaines, Malik est de plus en plus attiré par Bilal, le jeune homme à tout faire de sa mère, qui a immigré depuis la France.

La critique

Par Tootpadu 26/03/2010

Nous aurions tant souhaité aimer davantage ce premier film tunisien. A première vue, il contenait tout ce que notre coeur désire : une romance gaie entre Salim Kechiouche et un autre acteur, presque aussi plaisant à regarder; un environnement social qui entravait l'éclosion de cet amour juste assez pour rendre son point de vue pertinent; et enfin le grand retour de Claudia Cardinale, une comédienne légendaire au parcours plutôt inégal. Au final, Le Fil livre certes une vision décomplexée, voire banale, de l'homosexualité dans un pays, où le discours officiel désigne l'amour entre deux hommes comme un péché. Mais c'est justement cette absence d'obstacles sérieux à l'épanouissement des rapports charnels et romantiques entre Malik et Bilal, qui enlève la gravité coutumière de ces drames de pédés, qui sont censés nous rappeler à quel point il est difficile de vivre ouvertement l'homosexualité au jour le jour. La démarche hésitante du réalisateur Mehdi Ben Attia ne nous concocte pas pour autant un conte de fées fier de l'orientation sexuelle de ses princes charmants. Elle nous laisse plutôt face à la douce utopie d'une normalité toute relative, qui sait être assez discrète pour contourner habilement le diktat des traditions dans les pays maghrébins.
L'homosexualité telle que le protagoniste la vit dans ce film sensuel n'est plus marquée par l'effacement honteux des générations passées. Tout comme la frontière entre la France, jadis la terre promise, et la Tunisie, le pays des ancêtres et des racines familiales, est désormais perméable dans les deux sens de l'immigration, le quotidien d'un gay tunisien n'est plus condamné à la clandestinité farouche. Son statut social aisé permet à Malik de s'éclater presque à l'occidentale, avec des partenaires rencontrés au coin de la rue, sous l'emprise de la drogue, et sans la crainte de se faire embarquer par une rafle arbitraire de la police. Ce trentenaire élevé entre deux mondes n'attache guère d'importance au faire semblant. Ainsi, il a trouvé un arrangement avec sa collègue, une lesbienne qu'il épousera sans conviction pour fournir une figure paternelle à son futur enfant, inséminé avec le sperme d'un autre. Non, Malik n'est pas le genre de fils ingrat et contestataire qui claque les portes et qui met sa famille devant le fait accompli. Il ne tergiverse pas sur ses préférences, mais il ne le juge pas non plus nécessaire d'épeler à sa mère ses histoires de cul.
De cette attitude ambivalente, rien de bon ne peut résulter en termes scénaristiques, dans le sens d'une trame clairement établie. La structure alambiquée du récit, avec ses retours en arrière au moment de la maladie du père et ses deux sauts importants dans le temps, la première fois de quelques semaines et la deuxième fois carrément de quelques années, apparemment juste pour nous montrer que le bonheur d'un couple gay peut durer, même en Tunisie, ne fait en effet rien pour rendre la relation entre Malik et Bilal plus accessible. Il est évident dès le début, quand le maître survole furtivement avec ses yeux le torse en transpiration du valet, que ces deux là vont finir tôt ou tard ensemble au pieu. Mais ce qui est alors le plus étonnant, c'est que Malik, et avec lui le film dans son ensemble, mettent si longtemps avant de juger le moment opportun pour franchir le pas.
Le rythme avec lequel leur relation progresse par la suite n'est pas moins chahuté. Il s'articule essentiellement autour d'une série d'événements importants, comme l'avancement au statut d'invité dont Bilal jouit dès lors dans la maison de son ancienne maîtresse, le malaise de celle-ci, et le mariage de pacotille qui met les deux amants face à une réalité sociale, qu'ils sont prêts à subir sous certaines conditions. En parallèle, la mère fait un peu trop abruptement la paix avec son fils et son penchant pour les hommes. Derrière ce revirement, qui n'en est pas vraiment un, puisque le retour en arrière après l'enterrement du père laisse au moins sous-entendre que la mère se doute bien de quelque chose, se cache un manque d'assurance scénaristique, que nous mettrons volontiers sur le compte d'un premier film, beau et bien intentionné, mais pas tout à fait convaincant dans l'agencement de son intrigue, inutilement imbriquée.
Enfin, à la joie de retrouver Salim Kechiouche sur nos écrans se mêle une mélancolie dubitative, nourrie par l'étonnement de le voir reprendre ici en gros son rôle dans Grande école de Robert Salis. Disposer d'un "côté icône gay", comme l'affirme le réalisateur lui-même, est une chose pour un acteur. Mais de là à être cantonné film après film dans des rôles de fantasme ambulant, c'est un destin que nous ne souhaitons nullement à la carrière cinématographique jusqu'à présent peu prolifique de ce comédien séduisant.

Vu le 25 mars 2010, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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