Armée du salut (L')

Réalisé par Abdellah Taïa (2014)

Drame
Armée du salut (L')
Durée 85 minutes
Sortie 07/05/2014
Note 5/10

Abdellah grandit dans un quartier populaire de Casablanca au sein d’une famille nombreuse. Alors qu’il cache son homosexualité à ses proches, surtout à son frère aîné Slimane qu’il vénère, il la vit clandestinement au fil de rencontres sans lendemain avec des hommes plus âgés que lui. Cette double vie continue, jusqu’à ce qu’Abdellah décide de partir à l’étranger dix ans plus tard.

La critique

Par Tootpadu 22/04/2014

Alors qu’il aurait dû être insaisissable, selon la volonté du réalisateur Abdellah Taïa qui effectue ici l’adaptation libre de son propre roman autobiographique, nous avons surtout perçu une passivité consternante chez le personnage principal de L’Armée du salut. La certitude sur sa préférence sexuelle ne l’amène en effet pas à prendre clairement position par rapport à son entourage familial et social, aussi étouffant l’un comme l’autre. Au contraire, il subit les railleries de sa mère et les abus physiques de ses partenaires passagers avec un stoïcisme auquel il nous est difficile de trouver une quelconque qualité rédemptrice. Cet adolescent visiblement mal dans sa peau ne subsiste que grâce à quelques plaisirs coupables, qui ont tendance à border à l’inceste lorsqu’il se couche par exemple sur le lit encore chaud de son frère adoré. Sa précarité affective et sexuelle va même en croissant dans cette mise à distance progressive, qui fera du gamin docile un jeune adulte calculateur, voire manipulateur.

La seule prouesse narrative de ce premier film réside en effet dans cette coupure temporelle assez inattendue au bout d’une cinquantaine de minutes. Après que le sort de Abdellah est resté dans un état de suspension molle et guère satisfaisante à l’issue de la première partie, la deuxième constitue moins un regain en vigueur dramatique que la confirmation de la déchéance morale à laquelle cet homme torturé était destiné. Le changement du comédien y confirme une sorte de duplicité accrue du personnage, comme si la léthargie impuissante de l’adolescence ne pouvait se transformer qu’en une existence encore plus tournée vers la sexualité comme seul et unique moyen pour s’en sortir. Sauf que la renaissance espérée en Suisse, sous un ciel forcément moins clément, se traduit surtout par une dégringolade sociale qui conduira l’étudiant en herbe à l’institution qui a donné son titre au film.

La triste vérité sur le sort des homosexuels au Maroc, et plus généralement dans les pays du Maghreb, qui sous-tend le film ne suffit malheureusement pas pour le rendre plus accessible. A aucun moment, nous ne nous sentons concernés par le parcours laborieux d’un personnage soit énigmatique, soit apathique. Même la photographie convenable d’Agnès Godard, infiniment plus inspirée lorsqu’il s’agissait d’illustrer la chaleur étouffante de l’extrémité est de l’Afrique pour Claire Denis dans Beau travail, ne réussit à insuffler un peu d’intensité, de vie ou de poésie filmique à cette histoire, qui en aurait eu fortement besoin.

 

Vu le 16 avril 2014, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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