Géants (Les)
Réalisé par Bouli Lanners (2011)
Drame d'adolescents
| Durée | 84 minutes |
| Sortie | 02/11/2011 |
| Note | 6/10 |
Les deux frères Zac et Seth vivent seuls dans la maison de leur grand-père, décédé depuis un an. Ils attendent en vain que leur mère les rejoigne pour l’été. Lors d’une virée en voiture, ils rencontrent Dany, un adolescent de leur âge, qui sait où s’approvisionner en cannabis. Les trois jeunes traînent ensemble jusqu’à ce qu’ils n’aient plus de sous. C’est alors que Dany propose aux frères de louer leur maison au dealer Bœuf pendant la saison de récolte, afin de réunir l’argent nécessaire à une fugue en Espagne.
La critique
Par Tootpadu 31/10/2011
Le troisième film de Bouli Lanners en tant que réalisateur est à l’image du personnage fictif qu’il interprète entre autres chez ses collaborateurs réguliers Benoît Delépine et Gustave Kervern : d’une bonhomie toujours au bord de la légalité, espiègle à la belge c’est-à-dire fier de cultiver un humour grassouillet, et néanmoins conscient de la gravité de la vie qui ne devrait pas inciter à pareilles pitreries. Les champs de la campagne wallonne ont beau déborder d’une quiétude apaisante, ils cachent mal le désarroi des adolescents laissés-pour-compte, qui sont l’équivalent provincial de leurs consœurs citadines dans Demi-tarif d’Isild Le Besco, un film d’une qualité plus que discutable, mais qui explore néanmoins d’une façon emblématique ce que des enfants feraient s’ils étaient abandonnés à eux-mêmes. Les jeunes héros des Géants ne sont toutefois plus des gamins sans défense, bien qu’ils se trouvent à l’époque charnière d’une vie, où les derniers vestiges de l’innocence et de la naïveté volent en éclats. Leur rapport à la sexualité a, par exemple, encore quelque chose d’insouciant, voire d’enjoué, puisqu’il ne se manifeste qu’à travers une compétition hilarante d’absorption d’épices sur une pizza, afin d’intensifier l’effet de la branlette, ou bien d’un moment d’intimité aux toilettes chez la bonne fée, qui voit sans jugement l’exploration du parfum des femmes.
Les éléments propres au conte de fées sont effectivement nombreux dans ce film, qui ne cherche pourtant pas à nous emmener vers des contrées enchantées. La dichotomie entre d’un côté la pianiste bienveillante, qui recueille les trois ados au moment le plus précaire de leur périple et qui leur fournit ensuite un point de chute provisoire en cas de pépin, et de l’autre le grand frère violent de Dany et tout son univers de malfrats inquiétants s’inscrit évidemment dans la tradition de la répartition manichéenne des rôles dans un conte. Faute de repères adultes, les personnages principaux alternent entre ces deux options, sans qu’ils ne trouvent leur place ni chez l’une, ni chez l’autre. Le chemin circulaire qu’ils empruntent, qui les ramène toujours aux mêmes endroits et toujours face aux mêmes personnes aux intentions douteuses, peut être compris comme le symbole d’une existence d’ores et déjà condamnée à tourner en rond. Puisqu’il leur est impossible de réunir par leurs propres moyens l’argent pour partir loin de cet environnement, qui n’a que l’oisiveté et la peur constante d’être découvert par une autorité menaçante à offrir, Zac, Seth, et Dany devront s’enfoncer encore un peu plus dans une nature pas forcément sauvage en Belgique, mais certainement moins fascinante et accueillante en réalité que les très beaux plans au début du film veulent le faire croire.
Bouli Lanners n’en est plus à ses premiers pas derrière la caméra. Sa narration se démarque donc logiquement par une assurance qui ose contredire parfois le côté poétique du film par quelques retours salutaires à la banalité d’une bêtise enfantine ou d’une confrontation douloureuse au monde des adultes. Même si la ressemblance avec un jeune John Cusack ou Shia LaBeouf d’un des jeunes comédiens est plutôt déroutante, ces derniers savent judicieusement exprimer le sentiment d’impuissance d’adolescents dont personne ne veut et qui sont par conséquent obligés de parvenir tant bien que mal à leurs propres besoins matériels et affectifs.
Les éléments propres au conte de fées sont effectivement nombreux dans ce film, qui ne cherche pourtant pas à nous emmener vers des contrées enchantées. La dichotomie entre d’un côté la pianiste bienveillante, qui recueille les trois ados au moment le plus précaire de leur périple et qui leur fournit ensuite un point de chute provisoire en cas de pépin, et de l’autre le grand frère violent de Dany et tout son univers de malfrats inquiétants s’inscrit évidemment dans la tradition de la répartition manichéenne des rôles dans un conte. Faute de repères adultes, les personnages principaux alternent entre ces deux options, sans qu’ils ne trouvent leur place ni chez l’une, ni chez l’autre. Le chemin circulaire qu’ils empruntent, qui les ramène toujours aux mêmes endroits et toujours face aux mêmes personnes aux intentions douteuses, peut être compris comme le symbole d’une existence d’ores et déjà condamnée à tourner en rond. Puisqu’il leur est impossible de réunir par leurs propres moyens l’argent pour partir loin de cet environnement, qui n’a que l’oisiveté et la peur constante d’être découvert par une autorité menaçante à offrir, Zac, Seth, et Dany devront s’enfoncer encore un peu plus dans une nature pas forcément sauvage en Belgique, mais certainement moins fascinante et accueillante en réalité que les très beaux plans au début du film veulent le faire croire.
Bouli Lanners n’en est plus à ses premiers pas derrière la caméra. Sa narration se démarque donc logiquement par une assurance qui ose contredire parfois le côté poétique du film par quelques retours salutaires à la banalité d’une bêtise enfantine ou d’une confrontation douloureuse au monde des adultes. Même si la ressemblance avec un jeune John Cusack ou Shia LaBeouf d’un des jeunes comédiens est plutôt déroutante, ces derniers savent judicieusement exprimer le sentiment d’impuissance d’adolescents dont personne ne veut et qui sont par conséquent obligés de parvenir tant bien que mal à leurs propres besoins matériels et affectifs.
Vu le 3 octobre 2011, au Club Marbeuf
★★★★★★☆☆☆☆
6/10