Youssou Ndour I bring what i love

Réalisé par Elizabeth Chai Vasarhelyi (2010)

Documentaire musical
Youssou Ndour I bring what i love
Durée 102 minutes
Sortie 14/04/2010
Note 6/10

Le chanteur sénégalais Youssou Ndour est un des musiciens les plus célèbres du continent africain. Au début des années 2000, quelque temps après son succès avec le tube international "7 seconds", il enregistre l'album "Egypt" avec l'orchestre du Caire sous la direction de Fathy Salama. Youssou Ndour y chante son attachement à l'islam soufiste de son pays. Les retombées du 11 septembre lui font retarder la sortie de l'album jusqu'en 2004. Alors que sa démarche religieuse est saluée à l'étranger et célébrée au cours d'une tournée internationale pendant le mois sacré du ramadan, son travail est vivement critiqué chez lui.

La critique

Par Tootpadu 24/02/2010

Youssou Ndour est une véritable icône de la musique africaine. Une des très rares super-stars sur la scène internationale issues de l'Afrique, il est en quelque sorte le porte-parole d'un ensemble de cultures, qui sont encore trop souvent occultées par des relents de colonialisme et par la misère économique qui paralyse tout épanouissement artistique. Youssou Ndour s'acquitte plus que convenablement du rôle que son succès lui a imposé. Il poursuit sa carrière avec une détermination qui n'est pas exclusivement nourrie par l'appât du gain, mais qui repose tout autant sur sa foi et sur son héritage familial de griot. En somme, Youssou Ndour est cette bête rare dans les hautes sphères des arts et de la fortune, qui a su préserver son intégrité, ou qui donne au moins l'impression que son succès considérable ne lui a pas fait perdre de vue l'essentiel.
Notre appréciation et notre respect profond pour le chanteur sénégalais nous prédisposent à aimer tout document en rapport avec lui et sa musique dépaysante. Même avec toute la bonne volonté du monde, nous devons cependant admettre que ce documentaire ne dresse pas vraiment un portrait à la hauteur de l'envergure artistique et humaine de son sujet. Le talent filmique de la réalisatrice Elizabeth Chai Vasarhelyi n'évolue clairement pas au même niveau que la musique fascinante de Youssou Ndour. Bien qu'elle ne se lance pas dans une hagiographie aveugle du chanteur, sa démarche est trop brouillonne pour rendre justice à ses accomplissements artistiques ou pour capter l'essence de son humanité.
L'aspect le plus frustrant de Youssou Ndour I bring what i love est sans doute son montage désordonné, qui interromp invariablement les morceaux de musique par des prises des préparatives ou d'autres diversions dispensables. A aucun moment, le côté musical du travail de Youssou Ndour est suffisamment mis en valeur pour permettre au spectateur de vibrer durablement au rythme de sa voix emblématique. Dans le même ordre de désagrément, le propos du documentaire préfère tourner en rond, plutôt que d'aller au fond de la démarche religieuse et spirituelle du chanteur. Son dispositif de narration vaguement américain, avec les notes explicatives et les motifs folkloriques qui se superposent à l'image à chaque nouvelle étape, ne facilite pas non plus une meilleure compréhension des convictions de Youssou Ndour.
Ainsi, si ce n'était pour l'admiration que nous portons à son sujet, ce documentaire superficiel aurait de quoi nous décevoir. Espérons qu'il n'empêchera pas d'autres réalisateurs de se lancer dans un portrait plus vigoureux et enthousiasmant de cet artiste, qui mériterait une empreinte filmique au moins aussi brillante que sa propre carrière.

Vu le 22 février 2010, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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