Between a Smile and a Tear

| Titre original: | Between a Smile and a Tear |
| Réalisateur: | Niels Lan Doky |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 98 minutes |
| Date: | 15 novembre 2006 |
| Note: | |
De 1959 à 1974, "Le Montmartre" à Copenhague a été un des clubs de jazz les plus célèbres de la planète. Tous les grands musiciens s'y étaient donné rendez-vous, comme Stan Getz, Dexter Gordon, et Johnny Griffin. Trente ans plus tard, les lieux sont occupés par une école de coiffure. A l'initiative du pianiste Niels Lan Doky, la musique y fait son retour le temps de deux concerts de jazz exceptionnels en juillet 2004. C'est l'occasion rêvée pour rassembler quelques vétérans du club légéndaire (Griffin, Toots Thielemans, Albert "Tootie" Heath, Mads Vinding) et de les associer à quelques nouveaux venus (Doky, Lisa Nilsson, Didier Lockwood).
Critique de Tootpadu
La grande époque du jazz est terminée depuis longtemps. Comme d'autres styles musicaux, il doit se battre de nos jours pour garder une visibilité convenable dans un espace culturel morcelé, là où il suffisait jadis d'évoquer quelques noms légendaires pour enthousiasmer ses nombreux fans. Toute initiative pour rendre hommage à l'âge d'or du jazz d'une façon vivante et ludique est donc la bienvenue. La réunion des derniers rescapés du mythique club "Montmartre", à la fois du côté artistique et dans le public des deux concerts, et leur rencontre avec la nouvelle garde nous réservent alors des moments riches en émotions.
Le réalisateur et pianiste Niels Lan Doky a en effet beau se réclamer à longueur de dossier de presse de l'influence du Buena Vista Social Club de Wim Wenders, le parallèle avec Motown : la véritable histoire nous paraît infiniment plus flagrant. Comme dans le documentaire de Paul Justman, il s'agit ici de célébrer les derniers survivants d'une époque glorieuse et de raviver le souvenir d'un temps et d'un lieu où la créativité musicale ne connaissait pas de limites. La ressemblance formelle entre ces deux documentaires remarquables s'arrête par contre là. Car Between a Smile and a Tear s'intéresse plus à la dimension humaine des retrouvailles qu'au rétablissement d'une injustice historique.
En fin observateur de l'agitation et des moments de réflexion autour d'un concert, Niels Lan Doky nous accompagne avec une main douce mais ferme à travers ces quelques jours d'euphorie. Si l'alternance entre les entretiens et les extraits des concerts et des répétitions reste assez conventionnelle, le regard plein de sympathie que le réalisateur et directeur musical porte sur ses artistes dégage une chaleur humaine et une sagesse sans lourdeur extrêmement appréciables. Un chant d'amour au jazz et à la ville de Copenhague, à travers les nombreux plans de la vie citadine, le documentaire s'impose aussi, sans prétention, en tant que leçon sur une vie sereine, rythmée par une passion éclairée pour la musique.
Pratiquement trois ans après celle de Motown, la sortie de ce petit bijou fait tout en douceur, avec beaucoup de joie et un peu de peine qui se cristallise autour de l'inimitable Johnny Griffin, est malheureusement condamnée à une confidentialité accrue. Autant nous saluons le courage de distribuer un documentaire musical excellent, mais sans grands noms porteurs en France, autant nous regrettons que son exploitation se limitera probablement au seul Archipel à Paris.
Vu le 12 octobre 2006, à l'Archipel, Salle 1, en VO
Note de Tootpadu: