Let's Get Lost

Réalisé par Bruce Weber (2008)

Documentaire musical
Let's Get Lost
Durée 120 minutes
Sortie 23/07/2008
Note 6/10

Le célèbre photographe Bruce Weber vient à la rencontre du musicien de jazz légendaire Chet Baker, en 1987. Un trompettiste et chanteur accompli, Chet Baker était une des figures majeures du jazz dans les années 1950, avant de sombrer dans la drogue, les divorces et une agression en 1966, qui le laisse dans l'incapacité de jouer pendant sept ans. A cinquante-huit ans, Baker est peut-être un homme brisé, mais il vit toujours autant pour et par la musique.

La critique

Par Tootpadu 05/06/2008

Les artistes de génie ne font pas toujours des êtres humains exemplaires. Ce documentaire stylisé et personnel, qui ressort restauré en France après son passage à Cannes, insiste même plus sur la vie privée chaotique du musicien que sur ses accomplissement sur scène ou en studio. Il inclue juste ce qu'il faut de bribes musicales pour asseoir la suprématie de Baker dans son domaine, avant d'explorer en long et en large l'homme derrière la légende.
Le genre de vie que Chet Baker a mené se laisse très facilement deviner en voyant son visage : celui d'un homme fatigué et marqué par toutes sortes d'abus liées à la drogue. Du petit jeune fringant à l'épave humaine, qui allait mourir dans des circonstances douteuses avant même que Let's Get Lost ne soit sorti, le passage est aussi fulgurant que désolant. La flamme vitale de Baker ne s'allume plus que quand il joue ou qu'il chante des chansons profondément mélancoliques avec sa voix sensuelle. Les raisons pour cette désillusion sont certainement multiples. Mais la résignation du maître du jazz instinctif provient sans doute d'une frustration existentielle immense, dont les témoignages nullement flatteurs des femmes de sa vie (sa mère, son épouse, ses compagnes) ne sont qu'un aspect déplaisant.
Davantage un homme de l'image qu'un documentariste, Bruce Weber conçoit son film un peu comme une session de jazz intuitive. Les écarts y sont autant présents, tel la prise des chiots ou le retour sur le festival de Cannes, que les motifs récurrents (le vieux Baker en décapotable la nuit, entouré de jolies filles). Le noir et blanc stylisé rapproche son film formellement du cinéma indépendant des années 1980, d'un Gus Van Sant ou d'un Isaac Julien, alors que le fil conducteur du documentaire est la fascination pour un musicien hors normes, associée à la volonté de percer à jour, ne serait-ce que partiellement, les démons personnels de Chet Baker.

Vu le 5 juin 2008, à la Maison européenne de la photo, Auditorium, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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