12
Réalisé par Nikita Mikhalkov (2010)
| Durée | 154 minutes |
| Sortie | 10/02/2010 |
| Note | 5/10 |
Devant un tribunal pénal de Moscou, un jeune orphelin tchétchène est accusé d'avoir assassiné son beau-père, un officier russe. Le procès s'est déroulé sans accroc et les douze jurés se rassemblent dans le gymnase de l'école avoisinante, à cause de travaux dans le palais de justice, pour y trouver un verdict unanime. Tout le monde est pressé de rentrer chez soi et le groupe d'hommes s'attend à des délibérations très courtes, face aux preuves accablantes contre l'accusé. Au premier tour de vote, tous le déclarent coupable, tous sauf un.
La critique
Par Tootpadu 26/01/2010
Pour sa relecture très russe de cette intrigue emblématique, qui avait été nommée à l'Oscar du Meilleur Film étranger il y a deux ans, le réalisateur Nikita Mikhalkov sort sensiblement du cadre restreint qui servait de fondement dramatique à 12 hommes en colère. Cet élargissement du champ se ressent d'abord par l'allongement considérable de la durée du film, et ensuite par de nombreuses paranthèses narratives, qui explorent la tragédie personnelle de l'accusé. L'abandon du huis-clos au profit d'une approche pratiquement épique ne se fait pas sans un chamboulement significatif de toute la structure du récit. La tension qui était montée progressivement et d'une manière insoutenable dans le film de Sidney Lumet est plus morcelée, voire complètement inexistante, dans le cas présent. L'étirement de l'action sur la durée, aux antipodes de la concentration plus efficace dans le film américain, atténue fortement l'intensité des délibérations. La sensation de flottement qui en résulte n'est probablement pas fortuite, puisque la disposition dans l'espace, dans un gymnase mal éclairé, contribue tout autant à la perte des repères.
Malheureusement, Nikita Mikhalkov ne se montre pas assez téméraire pour mener jusqu'au bout ce départ timide du matériel d'origine. Seules les séquences lourdement symboliques, comme l'oiseau enfermé dans la salle, le cadre formel avec son montage effréné, et l'image récurrente du chien qui court sous la pluie à côté d'un char abandonné, ne font pas preuve de la même hésitation formelle, qui caractérise le reste du film. Au lieu de rompre radicalement avec le dispositif original et ses passages obligés (le juré girouette, la reconstitution du témoignage du vieux voisin, la longue confession de l'opposant le plus forcené à l'acquittement), 12 tente un grand écart au résultat inégal. L'insistance pesante sur les particularités russes des personnages, plus marquées que dans les traits plus universels et par conséquent plus anonymes de Henry Fonda et co., leur réserve certes le droit de raconter pratiquement chacun leur arrière-plan social. Mais ces effusions verbales répétitives n'apportent rien d'essentiel à la richesse morale de l'intrigue. Au mieux, elles confèrent un peu de coloris folklorique à une histoire, qui avait justement su nous subjuguer autant, parce qu'elle aurait pu se dérouler n'importe où, n'importe quand.
La seule véritable rupture que ce film ose opérer par rapport à l'original, c'est dans sa présentation d'une explication parallèle du crime et dans la plaidoirie du président du jury, en faveur de l'incarcération préventive du jeune Tchétchène. En effet, il ne s'agit plus d'éviter à ce dernier la chaise électrique, mais juste une peine de prison à perpétuité, ce qui ouvre de nouveaux horizons à l'interprétation de la condamnation. Bien qu'il ne s'attribue pas pour la première fois le beau rôle de celui qui a tout compris, Nikita Mikhalkov se sert de cette opportunité pour inclure un revirement infiniment plus pessimiste, que le message naïvement édifiant de l'original. Il s'interroge alors d'une façon pragmatique sur la capacité de ses personnages de s'investir personnellement, plutôt que de calmer simplement leur conscience avec de beaux paroles. La propension de l'homme au confort, qui n'est au fond rien d'autre qu'une manifestation larvée de l'égoïsme, s'y fait cruellement jour. Dommage alors que le réalisateur ait ressenti le besoin d'adoucir à la dernière minute son propos agréablement radical et désabusé à la fois.
Vu le 25 janvier 2010, au Club Marbeuf, en VO