Désintégration (La)

Réalisé par Philippe Faucon (2012)

Drame
Désintégration (La)
Durée 81 minutes
Sortie 15/02/2012
Note 6/10

Dans la banlieue de Lille, Ali ressent de plein fouet l’exclusion sociale qui frappe depuis des générations les immigrés en France. Alors qu’il est sur le point d’achever sa formation de bac professionnel, il lui est impossible de trouver un stage de fin d’études. De plus en plus frustré par ce plafond de verre, Ali se laisse séduire, comme son ami Nasser et le converti Hamza, par le discours de Djamel, qui est venu dans la cité pour embrigader de jeunes hommes dans la guerre sainte d’un islamisme intégriste.

La critique

Par Tootpadu 21/12/2011

Pourquoi le sixième film de Philippe Faucon fonctionne-t-il aussi bien, alors qu’il n’est au fond qu’une variation française des thèmes déjà évoqués dans Paradise now de Hany Abu-Assad ? Ce n’est en effet pas tant la lente descente du protagoniste aux enfers d’un fanatisme aveugle qui intrigue dans La Désintégration, mais l’ensemble du contexte social qui favorise cette autre exclusion ou bien qui l’observe avec une sorte d’impuissance en panne d’une alternative viable à l’engagement terroriste. Aussi caricatural et prévisible le parcours d’Ali soit-il, la narration ne commet à aucun moment l’erreur de le désigner comme la seule issue à cette misère sociale dans laquelle se trouve la deuxième génération des immigrés des pays maghrébins, à ce vide identitaire que des manipulateurs machiavéliques se font un malin plaisir de remplir de demi-vérités. La justesse du ton, sobre et pourtant engagé, fait ainsi la force d’un film, qui remet à l’ordre du jour une thématique latente que l’opinion publique préfère ignorer, jusqu’à ce qu’un nouvel attentat la tire de sa torpeur pour aiguiser – le temps d’un cycle d’exploitation médiatique – la conscience sociale et montrer qu’effectivement, le système d’intégration à la française est très loin d’être un succès.
On pourrait trouver une justification pour chacune des trois philosophies de vie qui sont mises en opposition au fil du récit : l’ouverture vers la culture occidentale du grand frère qui va en quelque sorte jusqu’à considérer son héritage comme un bagage folklorique auquel il faudra progressivement préparer sa compagne française, la vie plutôt misérable d’un point de vue matériel de la mère qui laisse pourtant une certaine liberté à ses enfants tout en leur rappelant les valeurs de respect et de partage de leur religion, et enfin le retour aux sources d’Ali qui devient pieux avant de devenir intraitable. Tous les personnages du film essayent de leur mieux de s’adapter à une situation, qui ne leur est guère favorable, à l’exception de Djamel, le méchant à la voix soyeuse et aux arguments persuasifs qui sait le mieux tirer profit de la frustration d’une jeunesse sans repères. Ce dernier perd cependant en légitimité au fur et à mesure que son prêche se radicalise et que le constat, d’ailleurs pas exclusivement bâti sur des mensonges quant à la perversion des valeurs dans notre civilisation mercantile, avec lequel il abreuve ses disciples devient le prétexte pour un lavage de cerveau en bonne et due forme. Il suffit de quelques secondes pour démasquer ce recruteur à la botte d’une organisation clandestine comme un hypocrite de premier ordre, au plus tard quand il s’attarde un peu trop longtemps sur un porno en zappant les chaînes de télé dans sa chambre.
Le manque de pathos avec lequel Philippe Faucon accompagne ce drame de notre temps est tout à l’honneur d’une démarche qui ne cherche pas la polémique facile. Au risque de nous répéter, c’est ainsi plus l’entourage d’Ali et ses confrères désespérés, voire illuminés, qui donne une précieuse matière à réflexion sur comment la population anciennement immigrée est tenue à l’écart des privilèges de la république française, que le djihad exécuté sans états d’âme notables.

Vu le 19 décembre 2011, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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