Hurlevent

Hurlevent
Titre original:Wuthering Heights
Réalisateur:Emerald Fennell
Sortie:Cinéma
Durée:136 minutes
Date:11 février 2026
Note:
Vision moderne de la passion absolue unissant Heathcliff et Catherine, une romance légendaire qui défie le temps et la raison.

Critique de Mulder

Le film Hurlevent (Wuthering Heights) écrit et réalisé par Emerald Fennell arrive entouré de controverse, de curiosité et d'une touche indéniable de provocation. C'est un film qui affiche clairement ses intentions avant même qu'un seul mot ne soit prononcé. Il ne s'agit pas d'une adaptation respectueuse du roman d'Emily Brontë, et le film ne prétend pas l'être. Au contraire, Emerald Fennell propose une réinterprétation fiévreuse qui traite le matériau d'origine moins comme un texte sacré que comme un combustible émotionnel brut. Dès son ouverture audacieuse, une séquence qui mêle immédiatement érotisme et morbidité, le film affiche son attachement à la sensation, à l'excès et à la déstabilisation. S'ensuit une œuvre qui oscille entre mélodrame gothique, comédie noire et fantaisie psychosexuelle stylisée, à la fois enivrante et exaspérante, mais rarement ennuyeuse. Le cinéma de Fennell a toujours prospéré sur le malaise et la contradiction, et ici, elle pousse cette approche caractéristique vers le territoire littéraire, en supprimant la deuxième génération et en réduisant presque entièrement le champ narratif à l'obsession, au désir et à la cruauté émotionnelle.

Au centre de cette tempête se trouvent Margot Robbie dans le rôle de Catherine Earnshaw et Jacob Elordi dans celui de Heathcliff, un duo dont la chimie s'avère être l'argument le plus convaincant du film. Margot Robbie incarne Catherine non pas comme une héroïne romantique fragile, mais comme une narcissique instable et consciente d'elle-même, déchirée entre ambition sociale et désir sauvage, tandis que le personnage Heathcliff interprété par Jacob Elordi bouillonne d'orgueil blessé et de menace sombre. Leur relation est rendue comme un cycle d'attraction et de destruction, où l'amour se manifeste moins comme de la tendresse que comme une addiction. Fennell met en avant la tension charnelle que les adaptations précédentes laissaient souvent mijoter sous la surface, transformant les regards langoureux en rencontres tactiles et imprégnées de sueur, mises en scène dans des landes balayées par la pluie, des voitures exiguës et des chambres à coucher sombres. Et pourtant, curieusement, l'explicité nuit parfois au mystère : la tragédie des amants de Brontë réside traditionnellement dans la répression et l'impossibilité, alors qu'ici, la gratification atténue parfois l'enjeu émotionnel. Malgré tout, la capacité de Robbie à laisser transparaître la vulnérabilité sous la bravade manipulatrice de Catherine, et la physicalité imposante de Jacob Elordi, associée à un courant sous-jacent palpable d'amertume, créent une dynamique qui reste irrésistiblement captivante.

Visuellement, le film est tout simplement extravagant. Le directeur de la photographie Linus Sandgren capture les paysages du Yorkshire avec une grandeur luxuriante et onirique, laissant la brume, le vent et la lumière de l'orage refléter la turbulence intérieure des personnages. La chef décoratrice Suzie Davies construit des environnements qui penchent joyeusement vers l'artificialité : Hurlevent (Wuthering Heights) devient un cauchemar minéral et déchiqueté de pierre et d'ombre, tandis que Thrushcross Grange explose en une fantaisie rococo délirante de rouges laqués, de murs couleur chair et de textures étranges. Le contraste est peu subtil mais efficace, transformant les divisions de classe en violence architecturale et chromatique. La costumière Jacqueline Durran contribue à la création de vêtements qui frôlent le surréalisme couture, avec des tissus translucides et des touches de rouge cramoisi au symbolisme agressif, transformant Catherine en une toile ambulante de signifiants érotiques et psychologiques. L'esthétique du film vacille souvent à la limite du kitsch, mais l'engagement de Fennell en faveur du maximalisme confère à l'imagerie une cohérence hypnotique, même si elle est parfois écrasante.

Les performances des seconds rôles apportent à la fois un ancrage et une rupture tonale. Nelly, interprétée par Hong Chau, est réinventée avec une rancœur bouillonnante qui redéfinit subtilement la dynamique émotionnelle, sa présence vigilante suggérant un personnage à la fois participant et juge. Shazad Latif confère à Edgar Linton une décence discrète qui contraste fortement avec la volatilité de Heathcliff, le rendant moins rival que tragique et inévitable. Quant à Alison Oliver, elle vole la vedette dans le rôle d'Isabella, transformant ce qui est souvent un rôle ingrat en un mélange étrangement fascinant d'excentricité comique et d'action dérangeante. L'Isabella d'Oliver, tour à tour naïve, obsessionnelle et d'une souplesse dérangeante, incarne l'audace tonale du film, passant de l'humour noir à un malaise érotique avec une élasticité intrépide. Martin Clunes, dans le rôle de M. Earnshaw, incarne un patriarche grotesque et tragicomique dont l'alcoolisme et la cruauté établissent l'atmosphère de traumatisme héréditaire de l'histoire, même si le scénario pousse parfois le personnage vers la caricature.

Sur le plan musical, Emerald Fennell poursuit sa fascination pour l'anachronisme. La partition d'Anthony Willis déborde d'une intensité opératique, amplifiant à la fois le chagrin et l'hystérie, tandis que l'inclusion de morceaux de Charli XCX injecte une pulsation moderne discordante mais délibérée. Ces choix sonores brisent toute illusion de pureté d'époque, cadrant plutôt le drame comme quelque chose de plus proche d'un opéra gothique teinté de pop. Parfois, le choc est électrisant, soulignant le caractère intemporel de l'obsession adolescente ; à d'autres moments, il risque de briser l'immersion émotionnelle. Pourtant, cette tension entre sincérité et stylisation est au cœur de l'approche d’Emerald Fennell : Hurlevent (Wuthering Heights) est conçu moins comme un récit historique que comme une hallucination émotionnelle exacerbée.

La plus grande force et la plus grande faiblesse du film sont les mêmes : son refus de la retenue. L'interprétation d’Emerald Fennell embrasse le mélodrame, le symbolisme érotique et la flamboyance visuelle avec un tel abandon que la subtilité n'entre que rarement en ligne de compte. Pour certains spectateurs, cette stratégie maximaliste sera perçue comme une libération palpitante de l'orthodoxie des drames historiques ; pour d'autres, elle sera considérée comme un spectacle indulgente dépourvu de la densité psychologique qui caractérise le roman de Brontë. Ce qui est indéniable, cependant, c'est l'impact viscéral du film. Ce film  ne satisfera peut-être pas les puristes en quête de fidélité, mais en tant qu'expérience cinématographique à part entière il attire l'attention. Emerald Fennell crée un monde où l'amour est toxique, le désir déstabilisant et la tragédie mise en scène avec une grandeur opératique, laissant derrière elle un film aussi controversé qu'inoubliable.

Hurlevent (Wuthering Heights)
Écrit et réalisé par Emerald Fennell
Basé sur Hurlevent d'Emily Brontë
Produit par Emerald Fennell, Josey McNamara, Margot Robbie
Avec Margot Robbie, Jacob Elordi, Hong Chau, Shazad Latif, Alison Oliver, Martin Clunes, Ewan Mitchell
Directeur de la photographie : Linus Sandgren
Montage : Victoria Boydell
Musique : Anthony Willis (bande originale), Charli XCX (chansons)
Sociétés de production : MRC, Lie Still, LuckyChap Entertainment
Distribué par Warner Bros. Pictures
Dates de sortie : 28 janvier 2026 (TCL Chinese Theatre), 11 février 2026 (France), 13 février 2026 (États-Unis)
Durée : 136 minutes

Vu le 2 février 2026 au cinéma Le Grand Rex

Note de Mulder: