Zulu Love Letter

Zulu Love Letter
Titre original:Zulu Love Letter
Réalisateur:Ramadan Suleman
Sortie:Cinéma
Durée:103 minutes
Date:19 avril 2006
Note:
Deux ans après les premières élections démocratiques en Afrique du Sud, la journaliste Thandeka ne peut pas se libérer de son passé douloureux. Elle n'arrive pas à pardonner à ses tortionnaires et à s'occuper pleinement de sa fille Mangi, une adolescente sourde et muette. Lorsque la vieille Me'Tau vient la voir pour qu'elle l'aide à récupérer la dépouille de sa fille Dineo, tuée sous les yeux de Thandeka par la police secrète, la journaliste y voit un moyen pour affronter ses propres démons.

Critique de Tootpadu

Le souvenir de la douleur peut parfois être une épreuve plus pénible que la douleur elle-même. Tandis que les séquelles corporelles ont guéri, celles de l'esprit continuent de hanter les victimes. Ce film sud-africain pose ainsi la question du pardon et de la difficulté de l'accorder lorsque les plaies psychologiques n'ont pas encore eu le temps de se refermer. Une vieille dame qui sent que l'esprit de sa fille sommairement assassinée n'est pas en paix, une journaliste qui voit des conformistes partout et qui fuit son propre calvaire dans une vie personnelle chaotique, et enfin la fille de cette dernière qui aimerait tant comprendre ce que sa mère veut réellement : c'est le trio de femmes autour desquelles tourne ce récit parfois bouleversant, parfois énervant sur le travail sur soi pour affronter une mémoire collective blessée.
D'un point de vue purement féminin, le deuxième film de Ramadan Suleman dresse des portraits saisissants de personnes fortes qui gardent leur intégrité individuelle malgré les contretemps et les mises en question par leur entourage. Notamment le personnage principal, Thandeka, représente une des femmes les plus irascibles, les plus têtues, voire les plus hystériques, mais aussi une des plus vulnérables et touchantes que nous ayons vues depuis longtemps au cinéma. L'actrice Pamela Nomvete Marimbe s'approprie ce rôle à bras le corps, peut-être un peu trop même quand les crises de nerfs commencent à se multiplier. C'est néanmoins elle qui insuffle une rage de vivre et une frustration de ne plus savoir comment vivre hors du commun au film.
Il est alors plutôt regrettable que le scénario a tendance à s'éparpiller et que la mise en scène fait resurgir le passé à travers un procédé assez lourd. S'il n'y avait eu que ce ralenti saccadé déroutant qui évoque l'exécution de Dineo, Zulu Love Letter nous aurait quand même conquis par son engagement militant et éclairé. Mais la structure du film n'est guère assez travaillée, en vue des séquences qui se succèdent trop abruptement et sans réellement établir un rythme narratif. Et les quelques ruptures chronologiques (dont la parenthèse avec le patchwork où Mangi donne la lettre d'amour à sa mère) ne font que renforcer l'impression d'un flux narratif pas complètement maîtrisé.
Pourquoi le génocide du Rwanda a eu l'honneur d'au moins trois films exceptionnels (Hôtel Rwanda, Shooting Dogs et le documentaire Après - Un voyage dans le Rwanda), alors que l'apartheid, un crime contre l'humanité d'une envergure et d'une durée incomparables, doit se contenter d'un traitement certes bien intentionné, mais dans l'ensemble plutôt laborieux ? Entre Un monde à part, Le Cri de la liberté et Une saison blanche et sèche, il ne se trouve pas un seul film apte à capturer puissamment la grande injustice qui était le régime sud-africain. Et ce n'est surtout pas Le Vent de la violence qui va y changer quoique ce soit. Face à l'exécution loin d'être irréprochable de ce film-ci, l'oeuvre ultime sur l'apartheid reste à faire ...

Vu le 31 mars 2006, au Club de l'Etoile, en VO

Note de Tootpadu: