Une exécution ordinaire

Réalisé par Marc Dugain (2010)

Drame historique
Une exécution ordinaire
Durée 105 minutes
Sortie 03/02/2010
Note 5/10

A l'automne 1952, la jeune médecin urologue Anna attire de plus en plus la jalousie de ses collègues à un hôpital de la banlieue de Moscou, à cause de ses dons de magnétiseuse. Dans un climat de peur et de paranoïa croissantes, renforcé encore par l'élimination des blouses blanches de l'hôpital du Kremlin, dont le médecin personnel de Joseph Staline, Anna ne doute pas qu'il sera bientôt son tour de tomber victime de la terreur. Lorsque les hommes du service secret l'embarquent, ce n'est pourtant pas pour la torturer ou la déporter, mais pour l'emmener auprès du dictateur en personne, auquel il faut des soins pour atténuer ses douleurs chroniques. Devenue du jour au lendemain le médecin personnel et secret de Staline, Anna devra rompre avec son mari Vassili et faire profil bas à l'hôpital.

La critique

Par Tootpadu 03/12/2009

Quatre mois après L'Affaire Farewell, le cinéma français se réinvite en Russie, à l'époque de la Guerre froide. A la manière du Cercle des intimes de Andrej Konchalovsky, le premier film en tant que réalisateur de l'écrivain Marc Dugain cherche à présenter le règne du monstre Staline de l'intérieur de son appareil de la terreur. Le parcours fictif d'Anna est certes plus court que les années de service du fidèle projectionniste. Mais la relation de dépendance, voire d'abnégation, que la proximité du pouvoir lui inflige, provoque les mêmes conséquences néfastes dans sa vie privée que dans celle d'Ivan Sanchin. Subir les décisions complètement arbitraires du dictateur, qui a besoin de remplacer régulièrement ses proches pour se convaincre de leur nature dispensable, cela revient pour le personnage principal à une mort programmée d'avance. Le titre du film reflète d'ailleurs bien cette résignation, que la fréquentation du camarade putride inspire logiquement dans une société régie par la peur.
Le potentiel dramatique d'Une exécution ordinaire est en effet considérable. Le bouleversement inattendu de la vie d'Anna propulse cette dernière vers le genre de conflit moral, qui est la base des plus grandes tragédies. Le jouet d'un homme de pouvoir redoutable, elle est constamment à deux doigts de se faire écraser par les mécanismes de sa manipulation perfide. Assaillie de tous les côtés, elle ne pourra espérer que la prophétie nostalgique de son bourreau cultivé en Géorgie se réalise et que, comme par miracle, elle retrouvera le bonheur conjugal avec un mari encore plus malmené qu'elle par cette affaire morbide.
Hélas, les qualités scénaristiques ne prennent pas vie à l'écran. La mise en scène guère inspirée de Marc Dugain et la photo numérique blafarde du chef-opérateur chevronné Yves Angelo ne trouvent à aucun moment une expression filmique saisissante pour traduire le désarroi de leur héroïne. Alors que le contenu du récit aurait requis une narration d'envergure épique, ou par défaut, investie d'une mélancolie russe inimitable, le style et le ton du film s'apparentent davantage à un téléfilm.
Au moins les interprétations sont à peu près à la hauteur. Bien qu'André Dussollier grimé en Staline sache plutôt convaincre, les véritables surprises proviennent de deux seconds rôles, qui ne paient pas de mine à première vue. Le jeu humble et sans éclat d'Edouard Baer dans le rôle du mari tranche agréablement avec ses tours de cabotinage habituels. Et la véritable crapule du film n'est pas tellement Staline, si froid et sophistiqué dans sa barbarie, mais le chef de service de l'hôpital, interprété par un Grégory Gadebois jouissivement collant et dégoûtant.

Vu le 2 décembre 2009, à la Salle Pathé Lincoln

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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