Pasolini Mort d'un poète

Réalisé par Marco Tullio Giordana (1996)

Drame historique
Pasolini Mort d'un poète
Durée 102 minutes
Sortie 01/05/1996
Note 6/10

Dans la nuit du 2 novembre 1975, le jeune Giuseppe Pelosi est arrêté au volant de la voiture volée de Pier Paolo Pasolini. Quand les policiers se rendent chez le célèbre cinéaste italien, il est absent. Le lendemain matin, son corps sauvagement mutilé est trouvé sur une plage d’Ostie. La version des faits par Pelosi, selon laquelle il se serait violemment défendu contre les avances salaces du quinquagénaire, fait rapidement le tour des médias. Alors que la justice croit d’abord que le suspect ait dû agir avec des complices adultes, ce qui risquerait de lui valoir une peine plus lourde, elle le fait comparaître finalement devant un tribunal pour mineurs.

La critique

Par Tootpadu 21/11/2013

Sur toutes les chaînes pullulent ces jours-ci des reportages et autres émissions commémoratives relatifs à l’assassinat du président américain John F. Kennedy, comme si cet événement d’il y a cinquante ans, traumatisant pour une génération toute entière, était le meurtre du siècle dernier sur lequel le devoir de mémoire nous obligeait de revenir sans relâche. Tout a déjà été dit dessus, sous tous les angles imaginables, sans que cet examen poussé n’éclaircisse le mystère du cas JFK. Sur le massacre de Pier Paolo Pasolini, l’écho est en revanche bien plus discret. Ce n’était pas une légende du monde politique, dont la famille était une véritable dynastie et qui n’a pas pu mener à bien sa carrière prometteuse. Non, Pasolini était tout le contraire de la figure lumineuse Kennedy : il était homosexuel et ne s’en cachait nullement à une époque où pareille orientation était considérée comme une honte sans nom et un péché mortel, surtout dans l’Italie fermement sous l’emprise de l’église catholique, et il était un communiste militant dans le contexte de la Guerre froide, où ses prises de position radicales faisaient mouche à l’égard d’une classe politique et d’une élite intellectuelle qui participaient activement à la braderie de la culture italienne.

Nous n’avons point l’intention de donner plus de valeur à la vie d’un homme qu’à celle d’un autre. Toujours est-il que nos affinités penchent clairement plus en direction des valeurs de Pasolini, le paria qui ne se contentait pas d’un système moral et social injuste, que de celles de Kennedy, un politicien qui était précisément à la tête de cette machine corrompue jusqu’à l’os et qui n’a eu ni le temps, ni probablement la volonté, de la changer de fond en comble. Il n’empêche que le retentissement purement filmique de cette affaire s’est décidé au milieu des années 1990 en faveur des Américains, puisque le président a eu droit à une fresque flamboyante signée Oliver Stone, là où le poète maudit a dû se contenter d’un film plutôt sobre de Marco Tullio Giordana, avant que celui-ci n’atteigne une renommée internationale.

Les ressemblances entre ces deux films sont en effet nombreuses, avec notamment une structure narrative assez similaire, mais pas vraiment conjuguée de la même façon. La sobriété prévaut ainsi dans Pasolini Mort d’un poète. Le film émet des doutes sérieux quant à l’impartialité et l’adresse de l’enquête, mais sans progresser davantage sur d’éventuelles pistes afin d’élucider un meurtre qui restera pour toujours un mystère. Il ne trahit nullement l’héritage spirituel de Pasolini, peut-être justement parce qu’il se refuse à de grandes effusions sentimentales, au profit d’un puzzle assez fascinant de la société italienne, en pleine révolte à ce moment-là. Les années 1980 à la sauce Berlusconi ont hélas eu raison de la pureté philosophique de la pensée de Pier Paolo Pasolini. Mais au moins des films sans fioriture comme celui-ci nous rappellent à quel point ce libre-penseur aux nombreuses imperfections humaines était essentiel en tant que contrepoids bruyant contre un conformisme trop lénifiant et détaché pour être confortable.

 

Vu le 20 novembre 2013, à la Cinémathèque Française, Salle Georges Franju, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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