Affaire Farewell (L')
Réalisé par Christian Carion (2009)
| Durée | 114 minutes |
| Sortie | 23/09/2009 |
| Note | 6/10 |
En 1981, l'ingénieur français Pierre Froment, marié et père de deux enfants, est en poste à Moscou. Pour rendre service à son patron Jacques, qui est vaguement lié à la direction de la surveillance du territoire française, il établit le contact avec le colonel Sergueï Grigoriev du KGB, qui est prêt à transmettre quelques informations précieuses à l'Ouest, afin de fragiliser l'Union soviétique en pleine Guerre froide. Les révélations de Grigoriev attirent l'attention au plus haut niveau de l'état à Paris et à Washington. Puisque les services secrets russes sont au courant des moindres mouvements des agents de leurs adversaires occidentaux, Grigoriev décide de poursuivre sa collaboration avec le civil Frémont.
La critique
Par Tootpadu 02/09/2009
Pourtant, il n'existe pas d'époque historique plus méritoire qu'une autre, en termes de leur potentiel cinématographique. Ruminer encore et encore les mêmes faits marquants, cela relève d'une paresse artistique qu'il devient vite fatigant à cautionner. Rien que pour leur courage de raviver une époque profondément ensevelie au cimetière de l'Histoire, de surcroît en employant les grands moyens d'une production coûteuse, le réalisateur Christian Carion et son producteur fidèle depuis désormais trois films Christophe Rossignon méritent tout notre respect. Espérons que le pari commercial s'avère gagnant, puisque le regard dans le rétroviseur du passé propose un portrait assez précis d'une ère, que la plupart des jeunes spectateurs qui peuplent les salles de cinéma n'ont pas réellement vécue.
Seul le choc entre l'aspect visuel de la photo numérique et notre souvenir d'une esthétique autrement léchée, typique des années 1980, perturbe l'immersion dans le Moscou d'il y a un quart de siècle. Quant au reste, Christian Carion explore avec la sagesse et le soin qu'on lui connaît cette affaire d'espionnage qui a fait trembler les deux superpuissances. Si l'on évoque la sagesse du réalisateur, cela veut dire dans ce contexte que le style et la narration de Carion, avec ses transitions et ses effets de montage un peu trop précieux, demeurent invariablement convenables. Il n'y a rien dans le flux du récit qui nous brusquerait désagréablement, mais en revanche rien non plus, qui élèverait notre âme cinéphile. En un mot comme en mille, L'Affaire Farewell est une production française très solide, qui se garde bien de soulever quelque controverse que ce soit.
Au moins les interprétations se montrent un peu plus téméraires, surtout de la part d'Emir Kusturica, qui traduit avec intensité les tiraillements de son personnage entre l'envie de changement et l'appréhension du sort inéluctable qui l'attend, lui et les siens. De même, la résurrection de Ronald Reagan et de François Mitterrand, sous les traits de Fred Ward et de Philippe Magnan respectivement, est un exercice de style bien moins pédant que l'apparition éclair de Diane Krüger et de Gary Lewis, transfuges de Joyeux Noël. Enfin, un film qui fait plusieurs fois référence au chef-d'oeuvre de John Ford L'Homme qui tua Liberty Valance ne peut simplement pas être mauvais !
Vu le 1er septembre 2009, à la Salle Pathé Lamennais, en VO