United red army
Réalisé par Koji Wakamatsu (2009)
| Durée | 190 minutes |
| Sortie | 06/05/2009 |
| Note | 5/10 |
Au fil des années 1960, le mouvement étudiant au Japon se radicalise. Après avoir protesté contre les rapports de dépendance que leur pays entretient avec les Etats-Unis, symbolisés par le Traité de Sécurité, et la mauvaise gestion des universités, certains militants s'engagent dans la lutte armée. Suite à une vague d'arrestations qui amenuise leurs effectifs, la Faction Armée Rouge et la Fraction Révolutionnaire de Gauche fusionnent pour devenir l'Armée Rouge Unifiée. En décembre 1971, les membres de ce nouveau groupe communiste se réunissent dans un campement dans les montagnes pour un entraînement militaire et idéologique. Deux mois plus tard, alors que la police est à leurs trousses, cinq militants se réfugient dans une auberge à Asama, dont ils prennent la propriétaire en otage pendant huit jours.
La critique
Par Tootpadu 10/04/2009
Le dépaysement n'est pas que temporel pour ce film-ci, qui se penche sur les événements comparables au Japon. Il est plus que difficile en effet de s'y retrouver au début, pendant cette longue partie introductive, qui laisse passer en revue toutes les contractions douloureuses qui ont permis la naissance de l'Armée Rouge Unifiée. Aussi instructif soit-il, ce prologue nous confronte à une foule d'informations, qui servent au mieux par la suite à enraciner la contestation sociale des étudiants dans un contexte historique. Passablement confuse, la narration adopte largement le point de vue d'une émission d'actualités, sans repère tangible pour entamer ne serait-ce qu'un travail rudimentaire d'identification des personnages. Certes, nous retrouverons certains de ces camarades fanatiques par la suite. Mais la cadence des arrestations et des occupations est si élevée, que tous les détails de la guerre fratricide et du jeu du chat et de la souris avec la police ne sont pas toujours faciles à saisir.
La deuxième partie de ce film-fleuve représente un changement de rythme et de style notable. Le cadre y est plus intimiste, oppressant même, lorsque l'incitation brutale à l'autocritique devient de plus en plus insoutenable. Le réalisateur Koji Wakamatsu y explore sans états d'âme les dérives d'une idéologie totalitaire, qui met le bien abstrait de la communauté devant les interrogations parfois valables de l'individu. D'une sobriété guère passionnante, la narration participe activement à l'expression du sentiment de paranoïa et de terreur qui s'empare progressivement des membres les moins fervents du groupe.
Une fois que tous les éléments prétendument contre-révolutionnaires sont éliminés de l'armée, la lutte finale peut enfin commencer. Sauf que Koji Wakamatsu capte alors l'absurdité du combat dans tout ce qu'il a de plus tragique. Traqués comme des chiens, les rares rescapés se retrouvent pris au piège, dans une modeste auberge avec une employée docile, qui ne correspond nullement à l'ennemi capitaliste contre lequel ils se soulèvent. Le véritable crime a déjà eu lieu et le siège du chalet n'est alors plus que l'épilogue assez minable d'un engagement excessif.
Il paraît logique, quoique prévisible, de conclure United red army avec une nouvelle vague d'informations sur le sort des personnages et les autres activités terroristes menées par leurs frères d'armes. Cependant, au bout de trois longues heures de film, notre capacité de prise en compte est sensiblement saturée. Sans jamais être réellement ennuyeux, le film de Koji Wakamatsu ne jusitifie pas pour autant cette durée exceptionnelle. Il nous abreuve de trop de détails pour avoir une idée claire de l'armée rouge japonaise, dont il souligne néanmoins avec la force du désespoir les lacunes les plus sanglantes. Son approche de l'idéologie communiste est tout aussi vaste et peu précise, ce qui est un progrès en comparaison avec l'idéalisme un peu naïf de son contemporain Aliker de Guy Deslauriers, mais pas tellement plus satisfaisant pour mieux comprendre cette époque charnière de l'Histoire récente.
Vu le 9 avril 2009, au Cinéma du Panthéon, en VO